Avec "Du bruit dans la cuisine", le site internet du Fourneau offre un nouvel espace de publication qui privilégie les mots et l'écriture.


 

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     (19 juillet 2000)

[Imprimer le document]Jérome Bouvet, metteur en scène de la compagnie franco-québécoise 2 Rien Merci

Mise en ligne : mercredi 28 mai 2003 , par Kevin

Jerôme Bouvet, franco québécois d’adoption depuis son passage à l’Ecole Nationale de Cirque de Montréal, revient en Bretagne pour mettre en scène la Boostin’ Fanfare de la compagnie "2 Rien Merci". Tombé tout petit dans la marmite du spectacle, il nous raconte son histoire Québécoise et sa vision du spectacle vivant outre-manche... Rencontre à Guerlesquin lors du Mai des Arts dans la rue

La Boostin’ Fanfare est une création toute chaude qui a été jouée pour la première fois ce soir. Est-ce ta première mise en scène ?

(JPEG) Non, j’ai dirigé l’Ecole de Cirque de Genève durant un an et demi, c’est de là que sont notamment sorties les compagnies Les Arrosés, Les enfants du placard, le Cirque sans raison... Ce n’est pas ma première, c’est quelque chose que j’aime beaucoup, et en même temps ça me donne encore plus envie de jouer. Avec les 2 Rien Merci, on demande toujours de l’aide (Yves Neveu, Didier André ). On veut faire les trois-quarts du bout de chemin seul, et puis demander des appuis extérieurs, en laissant la possibilité au gars de faire un vrai travail de mise en scène avec des choix.

Cette fanfare aboutit d’un long travail musical dans la rue...

Pendant 4 ans on s’est éclaté à faire de la musique et à avoir une démarche avec « très peu ». Yann, qui est un musicien très curieux a eu envie de faire cette fanfare. Stéphane vient des Charentaises de Luxe et est habitué à la rue. Les deux autres découvrent totalement ça. C’était un peu un défi et ce soir je pense qu’il y a matière à faire un « truc bien ! ». Ca va mûrir avec le temps. Avec la fanfare, l’espace donne une grande liberté, tout un travail d’écoute et d’adaptation.

Il faut réussir à capter l’attention des gens, c’est une mini fanfare très intimiste. Cela constitue-t il un manque de repères pour le spectateur ?

Non, je ne pense pas. Je crois que l’on se cache un peu derrière le matériel. Peter Brook dit toujours « Tout est dans le comédien », la lumière, les décors, les costumes, tout est en lui. Plus on prend de la bouteille moins on a besoin de matériel.

On vient de recevoir Burat qui nous expliquait qu’avec l’âge, il voulait un décor de plus en plus majestueux, et parfait techniquement...

(JPEG) Burat’, c’est Burat’. Il a envie de traîner quelque chose de tradoche, forain, qu’il fait super bien. C’est pas vraiment dans la parodie, il y a vachement de respect dans ce qu’il fait, on sait jamais si Burat’ est une arnaque ou pas. Moi, je suis toujours vachement ému par son humanisme d’origine foraine.

Tu as des projets à côté de cette fanfare ?

Un lieu itinérant qui s’appellerait Le Moulin à Cirque, sous une yourte, avec une jauge de 50 à 80 personnes Pour l’instant on bataille ... On devrait le sortir pour printemps ou automne 2004. L’idée est d’accueillir 49 personnes dans un mini mini-chapiteau qui se démonte en 3 heures, de ce côté là, on a quasiment la dynamique des arts de la rue, au niveau de l’adaptation, on peut le jouer presque n’importe où, sur une plage ou dans un clairière, en autonomie totale. C’est difficile de le monter au Québec, on n’a pas trouvé de fonds, et puis au niveau alternatif là bas c’est difficile, il y a beaucoup de chemin à faire. C’est la production qui est maître, tu arrives avec une idée ça leur fait peur. Alors on va le faire ici.

(JPEG)

Quel est ton regard sur le théâtre de rue Québécois ?

Les gens sont attirés par ça, ils montent des festivals, mais en même temps ce sont des producteurs, ils mettent de la braise sur la table, ils réunissent des créateurs, des artistes, te donnent un délai, et voilà. Mais quand toi tu as un projet, quand des artistes se réunissent pour réunir des idées et avoir des propositions, c’est très rares qu’ils suivent, parce que ça ne leur appartient pas, et parce que ça les dépasse un peu. Il y a une vraie fausse dimension alternative. C’est carré, il faut être entrepreneur avant d’avoir une démarche artistique... L’intermittence du spectacle, ça nous permet de chercher, de patauger, de s’arrêter trois mois pour, là bas les gens bossent pour bouffer. Ils n’ont pas le temps de penser création.

Mais c’est en train de changer, ça fait quelques années qu’il y a quelque chose, ça brasse, mais ca va être long. Et en termes de public, de possibilités ça marcherait au moins aussi bien qu’ici, j’en suis persuadé.

En France, les luttes et les défis ont changé dans le Théâtre de rue

(JPEG) Oui, je pense qu’au Canada, il y a dix ans de retard, et on n’a pas les mêmes furieux pour décoller un peu les choses. Notre projet de Moulin à Cirque, devait se faire à Montréal, l’idée étant d’inviter pendant trois mois, en plus de notre création, une compagnie de la rue, les arts du Cirque et les arts Frères. Le projet intéressait tout le monde, mais aucun n’a fait le pas. Un projet imaginé avec Jan Rok Achard, directeur de l’école Nationale de Montréal pendant 14 ans, directeur du TNM, dix ans en tant que directeur de tournée de Jacques Brel, du métier quoi ! Et Jean a quelque part plus de poids en Europe qu’au Canada, parce qu’il rentre dedans, en faisant peur aux producteurs.

En même temps, il y a une vrai qualité de vie là-bas, c’est une presqu’île dans ce grand continent de fous ! Avec Orange Guinguette et Le Petit Cirque à Bretelles, on a fait plus de cent spectacles en trois mois. On est allé dans pleins de petits bleds, et les gens hallucinaient, ils n’avaient jamais vu de spectacles de rue. On a eu un accueil monstrueux, les gens en veulent.

(JPEG) Ce soir aussi, à Guerlesquin les gens sont là !

Je trouve que l’on se rencontre de moins en moins, et les Arts de la Rue prennent un peu à contre courant. Y’a cinq ans, je parlais avec ma caissière. L’année dernière, ils ont installé un lecteur de cartes devant son nez, la dernière fois, j’arrive, elle me fait le total, et ne me dit rien, même pas bonjour. Elle ne bouge plus. Pensant que sa caisse était bloquée, j’attends moi aussi. Ca a duré trente secondes, et je n’ai même pas dit au revoir. C’était glauque. Mais quelque part on amène quelque chose de contemporain avec une démarche populaire. Les gens qui n’ont pas l’habitude, ça les bouge un peu. Et je trouve ça génial.


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