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>> La Fédé ? >> Morceaux choisis |
"14 endroits où ça me fait mal" (Jacques Livchine)
décembre 1997,
auteur lafede
Ca me fait mal de voir que le théâtre n’arrive pas à s’arracher à la tradition du XIXe siècle.
Ca me fait mal d’entendre les immuables applaudissements polis du public d’abonné quel que soit le spectacle.
Ca me fait mal d’entendre à Brest un intervenant du colloque se moquer des comédiens qui "s’affublent d’un nez rouge pour réciter du Rimbaud aux petits arabes".
Ca me fait mal de voir à quel point les critiques de théâtre ignorent systématiquement le théâtre qui sort des rails de l’establishment.
Ca me fait mal de constater que notre avenir est dépendant du pouvoir des conseillers DRAC, des inspecteurs du ministère, de l’ONDA, des critiques de deux quotidiens nationaux, mais plus du tout des réactions du public.
Ca me fait mal ce mépris permanent que portent les professionnels dans leur ensemble au théâtre de rue.
Ca me fait mal d’observer d’un côté l’institution cossue, hautaine, confortable, et de l’autre l’abnégation et la précarité des compagnies.
Ca me fait mal de savoir que les subventions du théâtre public ne profitent qu’à une élite de spectateurs aisés et privilégiés.
Ca me fait mal de voir réapparaître le vieux conflit de la création et de l’action culturelle.
Ca me fait mal ces rumeurs jamais vérifiées, jamais démenties selon lesquelles certains directeurs de théâtres nationaux jouiraient de nombreux cumuls de salaires, l’un d’entre eux, dit on, serait allé jusqu’à tenter se faire payer une maquette de costume 80 000 F.
Ca me fait mal cette gigantesque coupure qui existe entre les préoccupations des artistes de théâtre et le public brut.
Ca me fait mal de croiser des personnes que je connais dans le théâtre depuis 25 ans et que leur arrogance empêche de ne m’accorder ni le moindre regard, ni la moindre poignée de mains.
Ca me fait mal de voir à quel point le théâtre s’est éloigné de la fête dionysiaque originelle et comment la bourgeoisie a réussi à en faire un art savant et édulcoré.
Ca me fait mal de ressasser sans arrêt et sans résultat tout ce qui me fait mal.
Jacques Livchine (directeur du Centre d’art et de plaisanterie de Montbéliard)dans Cassandre n° 20 déc 97/janv. 98
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