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Arles, le 7 décembre 1999
Madame Catherine Trautmann
Ministre de la Culture et de la Communication
3, rue de Valois
75 001 Paris
Madame la Ministre
Vos déclarations promulguant le spectacle vivant de façon générale et les Arts de la Rue en particulier comme priorités de votre politique culturelle ont soulevé un grand espoir au sein du réseau des Arts de la Rue.
La profession a salué la mise en place significative en 1999 de mesures nouvelles tout en évaluant très vite qu’elles ne répondraient que très partiellement aux besoins essentiels d’un domaine artistique trop longtemps oublié.
La fin de cet exercice le confirme d’autant que nous avons pu constater certains décalages dans l’application de ces mesures. Notre dernier courrier vous en faisait part et nous les avons précisément pointés lors de notre rendez-vous (le 9/11/99) avec votre conseiller, monsieur Jean-François Marguerin.
Confiants en l’élan que vous avez impulsé, les Arts de la Rue espéraient de fait que le soutien apporté en 1999 allait, sinon être amplifié en 2000, au moins être conforté. Il n’en est rien puisque seulement 4 millions de francs de mesures nouvelles leur ont été attribués pour l’année à venir.
Est-ce à dire que le montant des mesures nouvelles de 99 consistait en une mesure de rattrapage et que le ministère de la Culture estime que les Arts de la Rue ont d’ores et déjà atteint leur budget de croisière ?
Ce n’est pas l’engagement que nous pensions avoir entendu dans votre discours du 12 janvier 99 : "La vitalité de ce secteur (le spectacle vivant) s’est toutefois trouvé confrontée depuis plusieurs années à une érosion régulière des financements publics et, me semble-t-il, à une absence de vision globale. Il était donc absolument nécessaire d’engager une inversion radicale de cette tendance et d’inscrire l’action du ministère dans la durée".
Dans ce même discours, vous nous donniez grand espoir en nous interpellant à l’endroit même de la création : "Nous avons plus que jamais besoin que le monde soit pensé et représenté par des esprits libres et inventifs". Vous savez la terrible nécessité que les créations les plus audacieuses soient soutenues par un partenaire national : l’Etat. C’est la garantie pour l’émergence et la recherche.
Une légitimité qui fera des petits en régions, en départements et dans les villes.
En effet, ce manque de moyens pose à la profession un problème crucial de qualité et de cohérence d’une part, de légitimité d’autre part.
Qualité et cohérence
La création pour les Arts de la Rue, creuset d’invention d’écritures artistiques et de formes de représentation, a grandi dans une économie précaire et a largement joué du système D. Aujourd’hui, il est essentiel de préserver l’esprit qui a présidé à l’éclosion de nos compagnies tout en confortant les moyens de productions. C’est à cette seule condition que les Arts de la Rue sauront montrer leur aptitude à participer au renouvellement du théâtre "public" et plus largement au débat qui nous concerne tous, celui de la démocratie culturelle.
Outre la création du texte, du geste, des dispositifs scénographiques et de l’appareillage technique qui s’ensuivent, les Arts de la Rue doivent anticiper le contexte de la représentation et ses aléas. C’est notre gage de qualité que de pouvoir professionnellement nous poser ces multiples questions. La cohérence n’étant que l’assurance de la qualité sur du long terme et la projection de cette exigence dans le futur.
Nos lieux de fabrique sont dans cette même logique, assurant à la fois création, production, résidence et souvent aussi diffusion de nos pratiques transdisciplinaires.
Le réseau des Arts de la Rue ne peut s’engager dans une professionnalisation de ses pratiques artistiques de façon structurante et lisible sans l’assurance de moyens permettant qualité et cohérence.
C’est la question que nous posons pour l’ensemble des pôles structurants du réseau, les lieux de fabrique et l’unique Centre national de création des Arts de la Rue.
Légitimité
4 millions de francs ! C’est environ le 1/10ème du budget d’une importante opération ponctuelle de communication, non celui d’une aide à la restructuration d’un secteur, même si nous avons bien conscience qu’à l’heure où le budget de la Culture bénéficie d’augmentations très limitées, nous avons la "chance" de faire partie des domaines artistiques bénéficiant de mesures nouvelles.
Nous croyons que les Arts de la Rue sont d’actualité - et non pas de mode - parce qu’ils posent et transposent les questions essentielles aux yeux de tous : La question du rapport à l’urbain (les Arts de la Rue sont les révélateurs des "espaces publics" au sens physique et politique du terme), du compagnonnage, celle de la gratuité ou du faible prix mais encore la question de l’innovation en terme de formes, de production, de diffusion, de lieux. Il nous semble ne pas être prétentieux en affirmant que la Culture a besoin de ce questionnement en ce moment.
Nous avons accueilli votre engagement à nous accompagner avec d’autant plus d’espoir que, souvent fragilisés par l’instrumentalisation et les dérives de l’animatoire, nous savions que notre légitimité restait encore à conquérir, en tout cas à asseoir. Un an ne peut suffire et vous savez que la légitimité s’estime aussi en poids financier. Il s’agit alors de lisibilité et c’est bien ce soutien à résonance multiple et de longue durée que nous sollicitons.
Nous souhaitons vivement que notre prochain rendez-vous avec votre directeur de Cabinet, monsieur Marc Sadaoui, nous redonne l’assurance d’être réellement, lisiblement, soutenus par votre ministère et que la rencontre annoncée avec vous-même en janvier 2000 nous confortera dans le même sens.
Dans cet espoir, nous vous prions de croire, Madame la Ministre, à l’expression de nos sentiments les plus respectueux.
Pour La Fédération, le Bureau :
Daniel Andrieu, Jean Chamaillé, Maud Le Floc’h,
Pierre Sauvageot, Robert Savigny, Bruno Schnebelin
Copie à messieurs :
Dominique Wallon, Directeur de la DMDTS
Marc Sadaoui, Directeur de Cabinet
Jean-François Marguerin, Conseiller technique en charge du spectacle vivant