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Arts de la rue

Nous écrire...

Quelques grains de folie au Fourneau

Interview de Michèle Bosseur et Claude Morizur
Paru dans la revue "Théâtre(s) en Bretagne"
avril 2000

René Lafite : Quand vous décidez, il a une quinzaine d'années, de proposer des spectacles dans les rues du Relecq Kerhuon où vous étiez tous les deux enseignants, aviez-vous en projet de développer les "arts de la rue" pour lesquels vous êtes aujourd'hui missionnés ?

Michèle Bosseur : C'est d'abord une aventure associative qui a rassemblé un public autour d'artisans d'art pour animer notre ville. Très rapidement nous avons senti le besoin de proposer des spectacles à ce public de proximité. D'une demi-journée qui mobilisait cinq à six cents personnes, nous sommes passés cinq à six ans plus tard à cinquante mille personnes en quatre jours ! Les premiers festivals d'Aurillac nous avaient d'ailleurs confortés dans notre choix de mettre en place une réelle programmation artistique.

Claude Morizur : En proposant le festival "La Tête et les Mains", nous voulions lutter contre l'immobilisme de notre cité. Par un acte citoyen, sortir du conservatisme et défendre par là les idéaux de l'éducation populaire. Le spectacle dans la rue permet justement de faire partager des émotions artistiques à un public de proximité dans le souci de la qualité du propos et de la relation.

M.B : Nous avons appris à écrire les fêtes en les faisant avec le public. Les quatre jours du festival se programmaient toute l'année avec de nombreux bénévoles dont un noyau dur d'une quinzaine de personnes - ce sont quasiment les mêmes aujourd'hui - mais c'est la rencontre avec la Compagnie Oposito en 1988 qui a permis de poser les bases du projet que nous défendons aujourd'hui.

C.M : Cette rencontre a été décisive, alors que tout nous opposait. Que pouvait-il y avoir de commun entre ces gens d'ailleurs, ces banlieusards et les gens d'ici, installés dans leur commune, "notabilisés" ? C'est justement cette opposition entre nos manières d' être, de vivre qui a été constructive. Notre "grain de folie", notre souci artistique du détournement, du décalage a rencontré leur fantaisie, leur propre délire.

M.B : Avec Jean-Raymond Jacob et Enrique Jimenez le projet de "Grains de Folie" s'est construit uniquement sur une démarche artistique de création. La journée qui commençait à quatre heures du matin et son écriture faisaient appel uniquement aux arts de la rue. Nos fonctions de médiateur, de fédérateurs d'énergies, de volontés créatrices se sont affirmées dans l'organisation de "Grains de Folie" et ce sont bien ces rôles que nous tenons à jouer. La co-direction avec les artistes, nous l'avons inventée dans ce festival.
Nous pouvions dès lors affirmer notre spécificité et notre singularité !

Notre décor : le quotidien.
Notre scène : la ville entière
Notre objectif : la contamination
Nos outils : une épicerie, une manufacture et un chameau.

Voilà ce que nous n'hésitons pas à déclarer fortement à l'époque. Tandis que la Compagnie Oposito affirmait de son côté :

Notre champs d'action : l'espace urbain
Notre expression : le spectaculaire et le merveilleux
Notre objectif : faire basculer le quotidien.

C.M : Cent vingt personnes travaillaient alors pendant trois mois dans le premier lieu de fabrique d'arts de la rue en Bretagne, une ancienne manufacture que nous avions louée pour fabriquer les costumes et les décors.

M.B : Si la deuxième édition de "Grains de Folie" au Relecq en 1990 fut un échec financier en particulier à cause de la pluie, elle nous a permis... de passer le pont de Plougastel pour une deuxième édition. Nous avons réussi à vider la ville du Relecq, aux prix de beaux embouteillages, mais quelle revanche contre ceux qui nous avaient conseillé d'aller ailleurs...

R.L : C'est le moment où le Ministère de la Culture commence à s'intéresser aux arts de la rue et soutient en particulier les festivals d'Aurillac et de Chàlon. Qu'en est-il pour vous ?

M.B : L'Etat nous apportera une aide en 1992, après que nous ayons quitté Plougastel pour le Fort du Questel à Brest pour la troisième édition de "Grains de Folie".

R.L : Et les jeudis du Port ?

C.M : C'était en 1989 une animation du port inventée par les patrons de bars. En 1991, par l'intermédiaire de Jean Champeau, la ville nous a commandé un concept. Nous avons scénographié la manifestation pendant trois ans et développé une programmation arts de la rue ….

M.B : Il nous fallait d'urgence un lieu de travail et plus précisément un espace de reconnaissance. Nous avions repéré un hangar à charbon sur le port, aux trois-quarts désaffectés. C'est devenu le premier Fourneau.

R.L : Pourquoi Le Fourneau ?

C.M : Quand nos grands-pères dont plusieurs travaillaient à la Pyrotechnie de St Nicolas rentraient le soir, ils parlaient du fourneau, d'un lieu pour nous mystérieux où l'on se racontait des histoires : "Au fourneau on dit que..." Le Fourneau c'est encore le nom de la coopérative ouvrière fondée après la première guerre mondiale qui visait à lutter contre l'alcoolisme en donnant à manger aux ouvriers. Les locaux des "Fourneaux économiques" de plusieurs villes servent encore de cantines ouvrières.
C'est cette chaleur humaine, cette convivialité du fourneau mythique de notre enfance que nous nous efforçons de garder ici et nous aimerions bien que le fourneau devienne un terme générique. Qu'il y ait des fourneaux dans toutes les régions pour les arts de la rue et la création, un espace public, pour rendre possible des rencontres entre les artistes et le public. Ce sont les artistes qui ont allumé le Fourneau et non l'institution, la place des artistes y est essentielle.

M.B : Une de nos missions fondamentales est d'accueillir les artistes, le Fourneau est d'abord un pôle de fabrication en même temps qu'il est un lieu de ressources et de formation.

R.L : Et la circulation des œuvres créés au Fourneau ?

M.B : Nous accompagnons les productions dans nos diffusions d'été, à Morlaix, à Saint-Brieuc où nous assurons la programmation artistique, mais aussi dans des villes de proximité avec qui nous avons passé des accords de co-production. Les actuelles Tournées Fournel des 26000 Couverts illustrent parfaitement cette volonté.

R.L : Quelle est la place des compagnies de la région ?

M.B : Nous sommes attentifs à ce qui se passe en région, mais ce n'est pas l'origine géographique de la compagnie qui détermine notre choix. C'est la qualité du projet, la justesse de la démarche et la prise en compte des enjeux et les contraintes qui sont essentiels pour notre décision. C'est le pari que nous faisons avec la prochaine création des "Saltindanses" et la Compagnie Chez Paulette, deux compagnies de notre région.

Par ailleurs, nous travaillons en réseau, avec d'autres lieux de fabrique et ce sont les compagnies qui choisissent de travailler Brest plutôt qu'à Chalon ou St Gaudens, en fonction de l'espace, des moyens techniques..., et il faut le dire aussi, des complicités qu'elles ont pu nouer avec nous. Alors on peut parler de compagnonnage et de connivence artistique.

LE FOURNEAU EN BRETAGNE EN QUELQUES MOTS...

En France depuis une vingtaine d'années, de nombreux artistes et compagnies ont choisi de s'exprimer dans l'espace public hors des lieux consacrés et directement au contact de leurs citoyens.

Ils y rencontrent de nouveaux publics, en puisent de nouvelles sources d'inspiration et y explorent des formes innovantes de l'art contemporain.

Depuis 15 ans, une équipe citoyenne atypique travaille, souvent contre vents et marées, au développement de ce mouvement artistique. Tour à tour, ils inventent le festival LaTête et les Mains (au sein d'une association post et péri scolaire), le festival de création Grains de Folie (avec la Compagnie Oposito), le Fourneau du Port de Commerce (1er lieu de fabrique repéré par le Ministère de la Culture) puis le Fourneau de Brest et de l'Ouest (Pôle structurant Arts de la rue en région Bretagne).

Le Fourneau en Bretagne vient aujourd'hui de recevoir le label "scène conventionnée avec une spécificité Arts de la Rue".
Le Fourneau fonctionne dans un cadre associatif présidé depuis 1989 par Philippe Emschwiller et administré par un Conseil de 18 membres.
Il est co-dirigé par Michèle Bosseur et Claude Morizur et porté à longueur d'année par une cinquante de citoyens prêts à se multiplier pour les besoins de création. Le Fourneau c'est aussi l'Espace Culture Multimédia qui se raconte au quotidien sur internet : www.lefourneau.com
Le budget global regroupant toutes les opérations est de 4,3 MF en 1999.

Le Fourneau de Brest et de l'Ouest - 6 rue de Porstrein - 29200 Brest - Tél : 02.98.46.19.46

 

...Le Progrès - Le Courrier (25/07/08)
Le chenal du Fourneau (Parcours de Michèle Bosseur et Claude Morizur)
...Amélie Souchard (novembre 2007)
Le rôle des lieux de fabrication dans la structuration des arts de la rue : Enjeux, limites, perspectives
...Stradda (octobre 2007)
Numéro spécial Arts de la Rue
...Violaine Lemaître (septembre 2006)
Qu'on se le dise ! Les arts de la rue entre champ et contre-champ, Etude sociologique de la liste rue
...Jacques Higelin (septembre 2005)
Dans le creuset d'un "Moulin à noix"
...L'action culturelle en questions (octobre 2004)
Focus sur... Le Fourneau
...Le Ouest France (avril 2004)
Le Fourneau, port d'attache du théâtre de rue
...Les Enfants Dufourneau (septembre 2003)
Les Grains de Folie, Circus Ethiopia, Transhumance... vus par les enfants du Fourneau.
...Muriel Avrit Bougourd (Mémoire DESS - juin 2003)
Le Fourneau, L’analyse d’une quête de légitimité
...Un Autre Finistère (février 2003)
"Les Arts de la rue battent le pavé brestois"
...La Gazette des Communes (décembre 2002)
"Le Fourneau fait mijoter les Arts de la rue à Brest et Morlaix"
...Jean Philippe Quignon (Le Telegramme) (août 2002)
"Le Fourneau essaime la magie en Bretagne"
...Nadine Boursier (Ouest France) (juillet 2002)
"Arts de la rue, un tandem inventif"
...France Bleu Breiz Izel (mars 2002)
"Le Net c'est clair et net"
...La Scène (mars 2002)
"La rue tisse sa toile sur le web." E. F.
...Viva (février 2002)
"Vive les arts de la rue !" François Boënnec
...Libération (novembre 2001)
"La Fabrique de théâtre de rue." Clarisse Chassigneux
...Les Mains Libres (juin 2001)
"L'appel du Fourneau aux décideurs"
...L'Express(mai 2001)
"Les 50 qui font bouger Brest" Letizia Dannery
...Le Monde (mars 2001)
"Deux inventeurs de différence..." Vincent Durupt
...Le Magazine de la Mutuelle Nationale Aviation Marine (mai 2001)
"Les arts de la rue" JN Léost
...Viva Brest (mai 2001)
"Le Fourneau, de la Tête et les mains aux sorties de fabrique." Violaine Lauté
...Le programme d'observation des usages dans les ECM
" Le parcours d'Yffic, Gardien du Fourneau internaute." Sophie Thiévant

... Yves Neveu ( Cie 2 Rien Merci)
"La démarche du Fourneau." EcoutezTéléchargez et ecoutez

...L'AFP (septembre 2000)
"Le Fourneau, haut lieu de fabrique des arts de la rue."
... Le Magazine Fémina (septembre 2000)
"Michèle Bosseur, une femme au Fourneau"
...Elena Dapporto (Août 2000)
"La structuration d'un pôle de production et de diffusion."
"Grains de Folie, une folie disparue laisse-t'elle en présager une nouvelle ?"
Grains de Folie, une folie disparue laisse-t'elle en présager une nouvelle ?
Elena Dapporto (Août 2000)
...Le Point (juillet 2000)
"Claude Morizur et Michèle Bosseur, les fondus du spectacle de rue." Pierre Yves Allain
...Vincent Dréano (juin 2000)
Article paru partiellement dans la revue "Rue de la folie"
..."Théâtre(s) en Bretagne" en avril 2000
"Quelques grains de folie au Fourneau..." René Lafitte
...Le Nouvel Observateur (décembre 99)
"La force créatrice est en province". Ruth Valentini
...Sophie Tiévant (décembre 99)
Etude sur "Le Fourneau, les compagnies d'art de la rue et le multimédia".
...Le Télégramme du Dimanche (août 1999)
"Cl. Morizur et M. Bosseur saltimbanques de génie."
... Libération (octobre 1998)
"Les artistes de rue ont trouvé leur maison sur site." Rémy Fière

 


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