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Arts de la rue

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Yffic, gardien du Fourneau

"J'écrivais à peu près trois lettres par an ; là, j'en ai écrit 250 en deux ans !"

 

Retraité réfugié dans une caravane amarrée sur le port de Brest, Yffic semblait promis à une fin de vie solitaire. Mais le hasard en a décidé autrement. Promu gardien du Fourneau, une fabrique d'arts de la rue, il découvre, grâce à un autre Yffic, l'informatique et Internet. Malgré son âge, malgré son ignorance totale de l'informatique, il s'y met et, surprise, ses usages sont immédiatement les bons. Grâce au courrier électronique qu'il pratique intensément, il renoue des liens perdus, il crée son site Web personnel et devient même une sorte d'exemple pour ses amis retraités : " puisqu'Yffic le fait, nous aussi on pourrait… ".

L'histoire d'Yffic est celle d'une vie aventureuse qui a opportunément croisé celle d'une autre aventure, culturelle et collective celle-là.

" Je suis Yffic, le gardien du Fourneau, qu'il ne faut pas confondre avec Yffic le cerveau [Yffic Cloarec, ingénieur informaticien au Fourneau depuis que l'ECM, dont il est le responsable, a été créé ]. J'ai 64 ans et j'ai fait deux métiers dans ma vie : de l'affichage publicitaire et docker. J'ai d'abord travaillé dans l'affichage publicitaire, un peu partout : chez Giraudy, Dauphin, etc. et, surtout, le cirque Pinder qui a beaucoup compté pour moi. Au bout d'un moment, je me suis mis à mon compte, mais je me suis cassé la figure parce que je ne suis pas bon gestionnaire. C'est un métier que j'adorais ; j'ai beaucoup vécu en caravane, on changeait de ville tous les deux jours, j'ai travaillé dans vingt villes de France… Après la séparation d'avec ma femme, je suis resté triste pendant six mois… Et en 72 (j'avais 36 ans), je suis devenu docker sur le port de Brest. J'y suis resté jusqu'à ma retraite. Il y avait de tout dans les dockers, y compris des gens qui étaient chirurgiens ou dentistes dans leur vie d'avant ; on formait un groupe très soudé, avec ses âpretés et ses chaleurs.

J'ai connu Claude Morizur [Claude Morizur est, avec Michelle Bosseur, co-directeur du Fourneau] il y a une dizaine d'années, au moment des Jeudis du Port [Manifestation d'été créée il y a une dizaine d'années par la municipalité, le Fourneau ayant en charge l'organisation de la partie spectacles de rue] parce que je faisais l'affichage du programme, par plaisir. Et il m'a tendu la main. J'étais en caravane, un peu paumé, un peu toultrinque (je faisais un peu la fête) et, comme il y avait des démolitions sur le port, il m'a proposé de mettre ma caravane dans le bâtiment du Fourneau 1 [Avant son implantation actuelle, Le Fourneau était installé dans un autre bâtiment désaffecté du port, aujourd'hui détruit]. Je suis toujours en caravane, c'est mon expression de vie ; pour moi, je suis en voyage… Et je suis devenu le gardien du Fourneau : ça rassurait tout le monde. Six mois après, j'ai pris ma retraite. C'était en 95. Il y a trois ans, la caravane est venue au Fourneau 2, dans la cour "Yffic Street", un ancien passage qui jouxte les Douanes. Je fais le gardiennage la nuit. C'est bénévole, je suis dans le système d'échange, je suis là pour le plaisir : ça m'a permis d'avoir une chaleur, de me remettre dans un cercle de chaleur humaine. Et il y a un lien qui s'est créé parce que les arts de la rue me rappelaient le cirque Pinder, c'est-à-dire l'expression de spectacles qui vont vers le public, au contraire du théâtre. J'adore voir les créations en résidence, voir les spectacles se créer… et, aussi, j'aime rencontrer des gens plus jeunes que moi.

Quelquefois, je fais des impromptus : une fois, à Paris, j'ai chanté dans un spectacle ; j'ai joué sur les roues de Trans'Express pour le passage à l'an 2000 (j'ai fait le balayeur, puis le capitaine de bateau) ; et j'apporte ma petite goutte d'eau aux festivités du Fourneau en jouant des petits rôles qu'ils me demandent. Je suis friand de ça : je suis heureux d'être avec des professionnels, même cinq minutes, et c'est aussi un peu un remerciement que je veux donner à Claude et Michelle parce que le boulot qu'ils font ici, c'est impressionnant. Et ça me permet, moi qui suis en retraite, d'être un peu malicieux !

L'informatique est arrivée au Fourneau par Yffic Cloarec qui est ingénieur informaticien et adorait aussi les spectacles de rue. Et Claude a vu l'intérêt de créer un outil pour améliorer l'échange entre les compagnies : d'où le site du Fourneau, créé par Yffic le cerveau, et qui a été primé par le Conseil Général. A partir du Fourneau 2, il y a eu un local bureau indépendant avec un accès du public aux ordinateurs. Et comme je faisais partie du noyau dur de l'équipe, ils m'ont dit : on va te créer une boîte aux lettres. Moi, je n'avais jamais touché à un ordinateur, mais ça m'a plu. D'abord Yffic a le même prénom que moi, et ça m'a plus la façon pétillante dont il faisait Internet. Le fait que ce soit basé sur une relation d'homme, ça m'a permis d'aller vite. Yffic m'a montré les bases et j'apprends par petits bouts, quand il explique aux autres ; je progresse à mon rythme.

Qu'est-ce que je fais à l'ECM ? Déjà, j'écrivais à peu près trois lettres par an ; là, j'en ai écrit 250 en deux ans. J'écris à des gens des compagnies que j'ai connues au Fourneau, et aussi à des gens que j'avais connus jeune, que j'aimais et que j'ai retrouvés. Là, je suis en train de rechercher ma première amourette : j'ai écrit à des radios sur place et au site de la mairie. Le courrier par Internet, ça resserre les liens parce que les réponses viennent très vite et l'échange est plus chaleureux qu'avec une lettre. Avec tout ça, j'ai révisé mon français ; ça m'est revenu petit à petit.

Sinon, je fouille beaucoup. Je suis curieux ; je me perds et, quand ça m'intéresse, j'essaye de voir ce que c'est. En ce moment, je m'intéresse beaucoup aux OVNIs et à l'astronomie. Et puis, comme je suis féru des arts de la rue, je vais revoir les spectacles que j'ai vus et comment ils évoluent : parce que c'est un vrai travail, le spectacle. Je recherche aussi les endroits où j'ai vécu. Je fouille partout, même sur le site du Ministère de la Culture... Dès que quelque chose m'accroche, je fouille. Internet, ça aiguise la curiosité parce qu'on sait qu'il y a tout. Je lis plus sur Internet que dans un livre parce que ça va plus vite et qu'il y a le visuel. Ça fait comme avec le courrier ; je lis et j'écris plus vite sur Internet...

J'ai maintenant mon site (http://www.yffic.fr.st/), monté par Yffic. Ça me permet de montrer aux autres ce qu'est un site. Parce que quand les gens disent : "je ne comprends pas, je ne sais pas faire", le plus efficace, c'est de montrer. Je voudrais en créer un moi-même, mais je le ferai l'an prochain parce qu'ici, il y a du monde tout le temps et Yffic est débordé... C'est plus pour savoir comment on fait, plus par curiosité que par nécessité. Je n'ai pas d'idées pour le contenu, mais ce sera en tout cas sur les spectacles.

Ça fait maintenant deux ans que je pratique sur Internet, à peu près deux heures par jour. Je viens par petits morceaux d'un quart d'heure ou d'une demi-heure. Je pars et je reviens quand il n'y a pas trop de monde... Ou je reviens le soir quand le bureau est fermé : je rouvre (puisque je suis le gardien et que je suis juste à côté !) et, là, je suis tout seul... Il faut aussi respecter ceux qui sont là qui viennent cliquer parce qu'ils n'ont pas ce qu'il faut chez eux : pour rechercher du travail, des documents ou des renseignements économiques et juridiques dont ils ont besoin, soit pour leur travail, soit pour en trouver. Je regarde des jeunes et je suis ébahi de voir comme ils sont à l'aise...

Internet, c'est un pilier de plus pour Le Fourneau : pour le faire connaître et faire connaître les compagnies. Claude, et Michelle et Yffic, ont été visionnaires de s'être saisis de cet instrument... Pour moi, c'est du loisir, du plaisir. Je n'aurais certainement pas renoué des contacts avec d'anciens amis, plus tous les nouveaux que j'ai connus par Le Fourneau, si je n'avais pas eu Internet. Internet, c'est vraiment une façon de resserrer les gens, de créer des liens. J'ai des amis retraités, des gens du port, qui voudraient qu'on fasse un stage Internet ensemble parce qu'ils se disent : puisqu'Yffic le fait, nous aussi on pourrait...

J'ai eu ma vie d'avant 72, très intense, où j'ai beaucoup bougé et connu plein de gens. Et celle depuis, où je n'ai pas bougé de Brest (moi je suis plutôt de Nantes). Internet m'a permis de revoyager. Et c'est pareil pour ma caravane qui est sur le port. Un port, c'est la mer, c'est l'instinct du voyage ; quand j'étais jeune, j'avais passé le concours pour être officier de marine et, finalement, c'était pas prévu mais je me suis retrouvé docker... Et il y a même une troisième partie dans ma vie, depuis que j'ai connu Le Fourneau. Etre dans ce groupe, ça fait vivre, ça fait chaud. C'est l'esprit et la chaleur de Claude et du Fourneau qui m'ont donné envie de retrouver ma fille que j'avais perdue de vue depuis seize ans... Et, d'ailleurs, je voulais offrir à ma petite fille de douze ans un ordinateur pour Noël pour qu'elle ait Internet ; mais ma fille a refusé parce qu'elle n'aurait pas pu contrôler sur quoi elle allait tomber. C'est vrai qu'Internet peut aussi être dangereux puisque tout le monde peut y aller avec des intentions plus ou moins bonnes... "

 

...Le Progrès - Le Courrier (25/07/08)
Le chenal du Fourneau (Parcours de Michèle Bosseur et Claude Morizur)
...Amélie Souchard (novembre 2007)
Le rôle des lieux de fabrication dans la structuration des arts de la rue : Enjeux, limites, perspectives
...Stradda (octobre 2007)
Numéro spécial Arts de la Rue
...Violaine Lemaître (septembre 2006)
Qu'on se le dise ! Les arts de la rue entre champ et contre-champ, Etude sociologique de la liste rue
...Jacques Higelin (septembre 2005)
Dans le creuset d'un "Moulin à noix"
...L'action culturelle en questions (octobre 2004)
Focus sur... Le Fourneau
...Le Ouest France (avril 2004)
Le Fourneau, port d'attache du théâtre de rue
...Les Enfants Dufourneau (septembre 2003)
Les Grains de Folie, Circus Ethiopia, Transhumance... vus par les enfants du Fourneau.
...Muriel Avrit Bougourd (Mémoire DESS - juin 2003)
Le Fourneau, L’analyse d’une quête de légitimité
...Un Autre Finistère (février 2003)
"Les Arts de la rue battent le pavé brestois"
...La Gazette des Communes (décembre 2002)
"Le Fourneau fait mijoter les Arts de la rue à Brest et Morlaix"
...Jean Philippe Quignon (Le Telegramme) (août 2002)
"Le Fourneau essaime la magie en Bretagne"
...Nadine Boursier (Ouest France) (juillet 2002)
"Arts de la rue, un tandem inventif"
...France Bleu Breiz Izel (mars 2002)
"Le Net c'est clair et net"
...La Scène (mars 2002)
"La rue tisse sa toile sur le web." E. F.
...Viva (février 2002)
"Vive les arts de la rue !" François Boënnec
...Libération (novembre 2001)
"La Fabrique de théâtre de rue." Clarisse Chassigneux
...Les Mains Libres (juin 2001)
"L'appel du Fourneau aux décideurs"
...L'Express(mai 2001)
"Les 50 qui font bouger Brest" Letizia Dannery
...Le Monde (mars 2001)
"Deux inventeurs de différence..." Vincent Durupt
...Le Magazine de la Mutuelle Nationale Aviation Marine (mai 2001)
"Les arts de la rue" JN Léost
...Viva Brest (mai 2001)
"Le Fourneau, de la Tête et les mains aux sorties de fabrique." Violaine Lauté
...Le programme d'observation des usages dans les ECM
" Le parcours d'Yffic, Gardien du Fourneau internaute." Sophie Thiévant

... Yves Neveu ( Cie 2 Rien Merci)
"La démarche du Fourneau." EcoutezTéléchargez et ecoutez

...L'AFP (septembre 2000)
"Le Fourneau, haut lieu de fabrique des arts de la rue."
... Le Magazine Fémina (septembre 2000)
"Michèle Bosseur, une femme au Fourneau"
...Elena Dapporto (Août 2000)
"La structuration d'un pôle de production et de diffusion."
"Grains de Folie, une folie disparue laisse-t'elle en présager une nouvelle ?"
Grains de Folie, une folie disparue laisse-t'elle en présager une nouvelle ?
Elena Dapporto (Août 2000)
...Le Point (juillet 2000)
"Claude Morizur et Michèle Bosseur, les fondus du spectacle de rue." Pierre Yves Allain
...Vincent Dréano (juin 2000)
Article paru partiellement dans la revue "Rue de la folie"
..."Théâtre(s) en Bretagne" en avril 2000
"Quelques grains de folie au Fourneau..." René Lafitte
...Le Nouvel Observateur (décembre 99)
"La force créatrice est en province". Ruth Valentini
...Sophie Tiévant (décembre 99)
Etude sur "Le Fourneau, les compagnies d'art de la rue et le multimédia".
...Le Télégramme du Dimanche (août 1999)
"Cl. Morizur et M. Bosseur saltimbanques de génie."
... Libération (octobre 1998)
"Les artistes de rue ont trouvé leur maison sur site." Rémy Fière

 


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