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| Aurillac (20-33/08/03) | Actions | Presse | Forum Fédération |
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Aurillac résiste jusqu'au boutLes actions des intermittents ont accompagné les spectacles de rue. «Grand cri» poussé chaque jour devant la mairie, défilés non moins quotidiens de «l'Armée de l'art», manifestations surprises ou prévues, longs débats des coordinations d'intermittents sur le thème «Empêchera-t-on ou non les spectacles de se jouer?», médiation permanente assurée par une cellule de réflexion représentant à la fois ces coordinations et l'équipe du festival, «en résistance artistique», ainsi que le collectif Restons vivants né au festival de Chalon-sur-Saône... Il y a eu beaucoup de réunions et de débats en présence de «spectateurs solidaires», dès avant l'ouverture et tout au long des cinq journées du festival d'Aurillac où les troupes du festival in n'auront nullement été empêchées de jouer, malgré les appels au débrayage et même si des compagnies de passage s'affichaient clairement «en grève». Absents. Quelque 400 troupes de théâtre de rue étaient annoncées dans le festival off mais 180 ne sont pas venues à ce dernier rendez-vous estival d'un secteur qui assure le principal de son activité de mai à octobre. «Probablement parmi les plus fragiles, car déjà commencent les dégâts liés à l'accord du 26 juin», a dit Jacques Livchine, directeur du théâtre de l'Unité, au cours d'une réunion de bilan des représentants de la Fédération des arts de la rue en perspective d'un débat national sur les formes de diffusion, la question des territoires, des financements et des liens avec les régions, les villes ou les parcs naturels. Aurillac n'aura pas été Aurillac mais bien «Guérillac», a ajouté Livchine, se félicitant que les divisions aient été surmontées, et que même la CGT reconnaisse le principe de réalité en admettant que la grève n'est pas le seul recours. La dernière «action» de Guérillac 2003, qui avait commencé en badigeonnant au blanc d'Espagne les panneaux publicitaires, les abribus, les horodateurs et la place de la Mairie, a eu lieu vendredi soir, passé minuit. Plus de 700 personnes ont pris la direction d'un supermarché Atac à la lisière de la ville et sont revenues chacune poussant un ou plusieurs chariots vides jusqu'à la rue piétonne centrale, noire de monde. Puis ils les ont attachés ensemble, formant ainsi une longue, très longue chenille, sous l'oeil un peu perplexe de Jean-Marie Songy. Le directeur du festival, qui tout du long aura fait preuve d'un calme sidérant, s'estime assez satisfait d'avoir rempli la gageure de départ : rendre cette manifestation à la fois artistique et militante. «Tout en ayant l'impression d'être dans un bateau où le vent soufflerait à la fois des quatre points cardinaux, il me semble, précise-t-il, que quelque chose d'unitaire vient de prendre forme et que les dialogues et les discussions même vives ont resserré la profession. Dans sa volonté de rester en vie.» Et il conclut: «Un mot est revenu sans cesse, celui de "légitimité": il faudrait pouvoir fixer un rendez-vous intersectoriel théâtre, danse, musique, surtout si s'annonce une loi-cadre». Par Mathilde LA BARDONNIE |
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FESTIVAL D'aurillacUne lutte et quatre garagistes Aurillac Finalement, le festival a eu lieu. Finalement, il n'y a pas eu de blocage, d'incident, de violence. Le public a pu assister au plus grand rassemblement du théâtre de rue en France. Surtout, comme le dit Jean-Marie Songy, directeur artistique, «on a joué sans culpabiliser». Dernier acte d'un été qui a vu la crise des intermittents ravager le paysage des festivals, ou premier acte d'une rentrée qui verra peut-être la lutte contre l'accord du 26 juin adopter d'autres armes que la seule grève, le festival s'est tenu sur le fil du rasoir, perpétuellement menacé par des poussées de radicalité, d'éparses tentatives de sabotage, des virulences contraires, l'affrontement larvé des coordinations et de la majorité des artistes. Alors, on gardera souvenir d'une certaine tristesse dans cette 18e édition du festival. D'habitude, le vendredi soir, il faut une douzaine de minutes pour remonter la rue des Carmes, sa foule compacte, ses jongleurs et ses spectacles off à même le trottoir. Le 22 août, cinq ou sept minutes suffisaient. Car, que l'on compte les entrées dans les campings ou la densité dans les rues, l'estimation générale est à une chute de 20 à 40% de fréquentation par rapport à l'année dernière : «Cela préfigure ce que risque de devenir la culture avec l'application de l'accord du 26 juin», note Jean-Marie Songy. Une centaine des 400 «compagnies de passage» prévues dans le off n'ont pas fait le voyage d'Aurillac, quelques dizaines d'autres n'ont pas ou très peu joué : deux mois après le début de la crise, le milieu des arts de la rue amorce le compte des abandons ou des dépôts de bilan, chez les compagnies les plus fragiles ou parmi celles qui se sont déchirées sur la grève dans les festivals précédents (Sotteville-lès-Rouen, Avignon, Chalon...). Se proclamant «festival en résistance», Aurillac 2003 s'est transformé en laboratoire de la colère, entre manifestations mises en scène, «actions» mi-politiques mi-potaches (le rapt nocturne d'un millier de chariots dans les supermarchés pour protester contre la marchandisation de la culture), forums et tables rondes des professionnels, grands gestes partagés avec le public (le cri de 19 h 30, devenu rituel depuis Chalon, et précédé des beaux discours de Jean-Georges Tartare)... Malgré engagement, tensions et convulsions, Aurillac a permis de renouer le fil de la création. Car l'aventure artistique du théâtre de rue se poursuit, avec ses instants de grâce et ses impasses, ses radieuses émotions et ses complaisances. On attendait par exemple des Piétons, toujours pertinents dans la déambulation, dans la subversion de l'espace public, dans la vivacité des images, autre chose qu'un simple concert entre world music et poésie assez lourdement engagée. Mais comment ne pas céder à Turak et à ses Années pingouins, occupant sur une des places les plus fréquentées d'Aurillac le beau square fermé au public depuis deux festivals : entre théâtre d'objets, farce politique et fantaisie poétique, cette utilisation du très classique ressort narratif d'un univers parallèle fonctionne avec un grand charme. Des marionnettistes aux routines curieuses travaillant au son de 33-tours de Bach passés sur des électrophones hors d'âge, de très métaphoriques récits historiques sur la Turakie du temps des pingouins, une jolie installation dans tout l'espace du square : la forme est riche, fonctionne avec inspiration. Très remarquable, également, le nouveau spectacle de Théâtre Group', La Jurassienne de réparation, aventure des Goydadin, garagistes n'intervenant que sur les voitures immatriculées dans le Jura : «Un 39, c'est un 39, c'est un client.» Quatre spectaculaires portraits de personnages qui tiennent autant de Reiser que de Prévert, des situations et des dialogues très inventifs (comme le récit halluciné de l'accident de Piccoli dans Les Choses de la vie), de spectaculaires cascades de poche et surtout un tour de force : en une heure et quart, les quatre comédiens racontent mille histoires, prennent le temps du casse-croûte et changent le moteur d'une Ford Sierra qui redémarre. Forme légère, enthousiasmante, originale, La Jurassienne de réparation devrait abondamment tourner désormais dans les prochains festivals de théâtre de rue. Bertrand Dicale |
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Fallait-il jouer à Aurillac ?D'Aurillac à Uzeste, si un trait d'union et de colère a été tiré, le rideau ne l'est pas après tout un été de mobilisations. Faire grève ou ne pas faire grève ? Telle est la question que chacun s'est posée durant toute la 18e édition du plus grand rendez-vous de théâtre de rue. D'emblée les augures n'étaient pas des plus réjouissants. Aurillac n'affichait la présence que de 230 compagnies dans le off le premier jour et de 340 au moment le plus fort des festivités, contre une moyenne habituelle de quatre à cinq cents. Après deux mois de grève des intermittents du spectacle et de festivals annulés, la jauge du public n'a pas non plus fait le plein. Il n'empêche : Aurillac, qui a bâti sa réputation sur sa diversité et son excentricité, a arboré dès son ouverture le mercredi 20 sa volonté de se montrer engagé dans le mouvement des intermittents en se déclarant officiellement " Festival en résistance ". À l'entrée de la billetterie publique, une banderole " Culture en danger " plantait également le décor. Mais quelle pièce allait se jouer ? Après deux mois de batailles sans relâche, les enjeux sont fondamentaux : ne pas céder de terrain dans la lutte pour le statut d'intermittent, sans pour autant mourir au champ d'honneur. Au premier jour du festival il semblait qu'Aurillac s'engageait sur la voie pacifique du consensus. Une entente avait été trouvée, avec la création d'une cellule de médiation réunissant notamment des artistes et techniciens ainsi que des représentants de la Coordination des intermittents d'Auvergne, du collectif Restons Vivants créé à Chalon, des syndicats CGT spectacle et CNT et de la Fédération des arts de la rue. Un judicieux compromis avait été trouvé : des heures de débrayage étaient programmées chaque jour, à chaque compagnie de se déterminer à les suivre ou non. Une solution adoptée par 40 % en moyenne des compagnies du off. " À ce stade de la saison, qui pour nous ne dure que de mai à octobre, c'est la meilleure des solutions ", explique Arnaud, de la compagnie Energumen. " On a fait grève dès le début du mouvement, on ne nous a déjà pas vu à Chalon, on ne peut plus se permettre de ne pas jouer si on veut sauver notre année prochaine. " Dernier festival de rue de l'été, Aurillac permet en moyenne un bon tiers des futures programmations des petites compagnies. Celles du in, quant à elles, préféraient souvent décaler leur spectacle hors des heures de débrayage plutôt que de les annuler, tout en commençant toujours leurs prestations par un discours au public marquant leur engagement dans le mouvement. Guérillac 2003 Partout dans la ville, dans la cour de l'école de la Coste devenue lieu repère de la coordination des intermittents, ou à la Centrifugeuse, arène des Restons vivants et de la cellule de médiation, les débats faisaient rage à longueur de journée. Aux heures de débrayage, Aurillac devenait la scène improvisée d'actions aussi revendicatrices que spectaculaires. " Après avoir fait la grève, on a changé de stratégie pour sauver notre outil de travail tout en l'utilisant ", revendique Barthélemy Bompard, comédien de la compagnie Kumulus et membre de Restons vivants. C'est ainsi qu'on a vu débarquer l'Armée de l'art dans les rues de la ville. Cette même armée a mis fin à une conférence de presse en semblant prendre en otage Jean-Marie Songy, directeur du festival, et en s'emparant du point presse. " Puisque les médias oublient de parler de nos revendications, nous prenons le contrôle des médias pour nous faire entendre ", a déclaré l'un des membres encagoulés. Dès lors, Aurillac Festival en résistance est devenu " Guérillac 2003 ". Le lendemain, une " manifestation de droite " était organisée sur le principe du contre-pied. Majorettes de pacotille et curé de campagne en tête, près d'un millier de comédiens et de spectateurs ont défilé en scandant " Faites des enfants, pas des intermittents " ou encore " Intermittent, retournes dans ton pays ". Et chaque soir à 19 h 30 des milliers de personnes se retrouvaient sur la place de l'hôtel de ville, rebaptisé " hôtel de veille ", pour le grand cri, celui que peut-être Matignon et l'Élysée finiront par entendre. Cette fantaisie combative, qui ne donnait plus ni le temps ni l'envie d'aller voir d'autres spectacles que ceux de la contestation, n'a pas été sans tensions ni déchirures entre intermittents en lutte. " Quitte à voir mourir notre compagnie, autant que ce soit en faisant grève à tout prix ", disait-on en face. La belle entente de façade a rapidement volé en éclats en milieu de festival, c'était inévitable. " On était un millier à manifester sur la place de l'hôtel de ville à une heure de débrayage ", raconte Philippe Bonnet, de la CGT spectacle. Une délégation d'intermittents et le maire venaient d'envoyer chacun un fax à Raffarin, le sommant de venir entendre à Aurillac le cri de la révolte. " On a appris que la compagnie du in Cachuète devait jouer sur cette même place. Pour éviter le conflit, on a demandé que le spectacle ait lieu. " Aurait-il fallu annuler le spectacle, comme le souhaitaient une poignée d'intermittents et de spectateurs ? Fallait-il, comme cela a eu lieu, respecter le principe d'autodétermination de chaque compagnie ? Ces questions sans réponse possible se sont traduites par la désolidarisation de la CNT du mouvement unitaire et par là même la fin symbolique de la cellule de médiation. La rentrée sociale en ligne de mire Face au désabusement de certains, Jack Ralite, de passage au festival, a enjoint les intermittents d'être fiers de leur lutte. " La bataille n'est pas simplement de se plaindre mais de porter plainte. Une nouvelle politique culturelle, qui comprenne les arts de la rue mais qui les dépasse, est à penser. " Était-elle en marche, cette politique culturelle de demain, lorsqu'au dernier jour du festival celui-ci se clôturait par une manifestation interprofessionnelle ? Derrière les bannières théâtrales de la Cie Jolie Môme et les banderoles de la FSU, intermittents de tous horizons, publics solidaires, enseignants, personnels de santé, etc., défilaient d'un même front. Lorsqu'on les interroge, les intermittents ne sont pas avares de revendications. " Nous manifestons parce que c'est un ras-le-bol général ! ", insiste Stéphanie, du théâtre Utopium. " Nous voulons un autre monde qui ne serait pas fondé sur la rentabilité, car l'art n'est pas rentable ! ", crie presque Barthélemy Bompard, de Kumulus. " Mais avant tout nous exigeons une table ronde avec le gouvernement, puisqu'il se dit prêt au dialogue social, pour qu'on discute de ce dont nous avons réellement besoin, nous, les artistes ", réclame Edwine Fournier, de la Cie L'Auberge espagnole et membre de Restons vivants. Pour Jacques Livchine, du théâtre de l'Unité, le théâtre public souffre de quatorze maladies parmi lesquelles il compte le régime des intermittents mais aussi la perte des valeurs fondamentales, le manque de circulation des ouvres, la décentralisation, le système des castes, etc. C'est donc en demi-teinte que s'est achevé le festival. D'un côté beaucoup ont eu le sentiment que leur grand cri quotidien a été entendu ; le cabinet du premier ministre a finalement répondu par courrier que celui-ci ne viendrait évidemment pas - on s'en serait douté - mais qu'il organiserait dès septembre " un débat national sur le spectacle vivant qui devrait permettre de jeter les bases d'une future loi d'orientation ". Pour sûr, personne n'est dupe. Et chacun attend avec impatience une rentrée sociale mouvementée dans laquelle le combat des intermittents prendra toute sa place. Géraldine Kornblum |
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A Aurillac, fiévreux mélange de gestes artistiques et d'actions de protestationLes intermittents du spectacle ont ponctué la manifestation qui célèbre les arts de la rue de gestes de revendication et d'appels à la résistance ressemblant fort à des performances. La 18e édition du Festival international de théâtre de rue, à Aurillac, qui s'achève samedi 23, est "en résistance" contre la réforme du statut des intermittents. Certes, les spectacles se déroulent à peu près normalement, mais un climat de révolte baigne la ville, avec ses forums, ses débats et ses montées de fièvre. Coordinations, syndicats et direction du festival sont convenus que les compagnies qui veulent jouer, soit la grande majo-rité, n'en seraient pas empêchées (Le Monde du 21 août). Mais la ligne de démarcation entre gestes artistiques et actions de protestation est souvent floue. Tous les spectacles sont introduits ou conclus par des appels - souvent très applaudis par un public bienveillant - à rejoindre le mouvement de contestation, notamment le rituel désormais très suivi qui consiste à venir pousser "le grand cri" chaque soir, à 19 h 30, devant la mairie de la ville. Toutes les protestations ressemblent à des performances. Le "cri" est précédé chaque jour d'un discours prononcé par Jean-Georges Tartare, de la compagnie marseillaise Générik Vapeur. En costume noir, arborant une cravate à l'effigie de la Joconde, il distille informations, projets et rêveries. Trois sièges en plastique blanc ont été accrochés à la façade de l'hôtel de ville : "Aurillac en résistance, guérilla révoltée par le mépris du pouvoir, convoque messieurs Jean-Pierre Raffarin, premier ministre, Ernest-Antoine Seillière, président du Medef, Pascal Lamy, président européen de l'Organisation mondiale du commerce", explique-t-il. Le comédien-tribun invite aussi le public et les artistes à "une manif de droite" : il s'agit de venir crier des slogans "de droite" - il cite en exemple "Aillagon, tiens bon", "PSG, fais-nous rêver", "TF1, c'est vachement bien", et précise "tenue correcte exigée, les hommes devant, les femmes derrière". Moins inventive, une "armée de l'art", pas très drôle avec ses tenues kaki de miliciens, a fait mine, jeudi 21, de prendre en otage le directeur artistique du festival, Jean-Marie Songy, accusé de ne pas assez relayer "les actions revendicatives des intermittents". Dans les rues, les spectacles se poursuivent. Rendez-vous à la gare d'Aurillac pour un voyage amer avec la compagnie Kumulus. C'est dans ce non-lieu de voies ferrées à l'abandon, de passerelles désertes qu'elle présente Itinéraire sans fond(s), création inspirée des exodes actuels de réfugiés et de clandestins. Comme eux, acteurs et spectateurs déambulent dans ces lieux abandonnés, seul espace accessible à ces hommes et femmes rejetés de partout. Dans un grommelot aux sonorités slaves, ils racontent ce qu'ils ont perdu, ils disent leurs espoirs, ils pleurent, ils chantent ou se chauffent à la flamme d'un maigre feu. Chacun transporte une boîte dans laquelle il a jeté ses biens précieux avant de fuir - une paire de chaussures, un peu de terre, une poupée. Eclatée en plusieurs lieux, la troupe oblige les spectateurs à errer à sa suite et à se retrouver en petits groupes à l'écoute d'un ou deux comédiens qui exhibent leurs trophées intimes. Par moments, l'intensité dramatique se perd dans ces allées et venues, mais l'émotion revient à la fin, quand s'élève un chant collectif, aux accents de voyages déchirants. Les trois comédiennes de la compagnie Trace(s) en poudre parlent, avec leur spectacle Soy imperfecta, d'une autre marginalité, celle des prostituées. Elles manient crûment les clichés - poupée gonflable, sous-vêtements sexy, godemichés. Sans paroles, leur douceur laisse deviner l'envers du décor du quotidien de ces femmes, fait de peur, de tristesse, de misère. Entre sordide et séduction, les trois comédiennes, toutes jeunes, maintiennent une tension d'une maturité étonnante. Indigènes, de la compagnie Délices Dada, aborde le thème de l'étranger à travers la légende de Roméo et Juliette. Avec humour, ils installent leur univers, fait de sons et de gestes, sans jamais recourir aux mots. Leur tribu vêtue de costumes vaguement asiatiques s'exprime par des cris, des psalmodies, des bribes de chants, accompagnés de petites percussions simples. Dans un festival où certaines troupes n'hésitent pas à pousser la sono à fond, comme si les décibels pouvaient remplacer la créativité, l'imagination vocale a capella de Délices Dada est une bouffée d'oxygène. A l'extérieur de la ville, parmi les bruits de cloche des vaches du pays, la compagnie Turak installe son monde étrange. Ces Lyonnais ont inventé un pays, la Turakie, peuplé de pingouins aussi naïfs et maladroits que les humains. "En arrivant ici, nous avons observé la météorologie sociale de votre paysage", lancent-ils en préambule. Ils ont vu des "lections" (sic) où se portent candidats certains hommes simplement pour échapper à la justice. Des conditions de l'élection de Jacques Chirac au conflit des intermittents, il n'y a qu'un pas pour ces drôles de pingouins, qui demandent aux spectateurs de ne pas avoir "la mémoire courte". Catherine Bédarida |
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A Aurillac, la manif est aussi du théâtreLes intermittents sèment la confusion alors que le festival de théâtre de rue s'achève. Avant-dernier jour du 18e Festival de théâtre de rue d'Aurillac. La tension monte du côté des coordinations régionales d'intermittents du spectacle, désormais en désaccord avec les membres du collectif Restons vivants, qui compte bon nombre de compagnies du festival in et off décidées à continuer de jouer malgré les consignes des longs débrayages quotidiens. D'un côté comme de l'autre, impression de flottement et d'un certain désarroi face à l'absence notoire des syndicats, tout comme des hommes politiques. Certes, à l'issue de la longue opération d'encerclement de l'hôtel de ville par une chaîne humaine, le maire PS de la ville, René Souchon, a envoyé une lettre à Jean-Pierre Raffarin. Certes, après le «geste artistique» consistant en une feinte prise en otage de Jean-Marie Songy, directeur du festival, son attachée de presse est désormais flanquée d'une «superviseuse» en la personne d'une jeune actrice de la troupe de l'Auberge espagnole, militante à Restons vivants depuis le festival de Chalon-sur-Saône où est né le collectif. Cette supposée «prise de contrôle de l'information» laisse un peu songeur quand même, dans la mesure où l'équipe du festival, s'annonçant elle-même «en résistance active», adhère aux revendications. Défilé. On a appris que d'autres «actions» étaient prévues pour vendredi soir à minuit et samedi. Une manifestation-caricature de «droite» a eu lieu vendredi en fin de journée. Il s'agissait de défiler habillé élégamment sur les trottoirs, pour ne pas déranger la circulation, en scandant des slogans du style «Intermittents fainéants», «Bush, Bush, montre-nous la voie», «Chirac, on est avec toi», «Les hommes devant, les femmes derrière» (avec obligation pour ces dernières de faire des enfants dès l'âge de 9 ans). Les badauds sont là en masse, même si moins nombreux que les années précédentes : familles avec enfants, flopées de jeunes, zonards ou punks avec gros chiens. Le moindre jongleur sur échasses ou numéro d'acrobates trouve public. Six mille personnes se pressaient jeudi soir pour assister à la fumigénisation de l'avenue de la République par la compagnie Générik Vapeur, réitérant son opération de mise en branle d'un wagon entre les façades d'une rue tout entière livrée à des projections lumineuses et autres surgissements de chaînes métalliques avec lampions par les fenêtres à tous les étages, ce qu'on présenta comme des «stéthoscopes urbains», des «périscopes de la démocratie sauvage». Là-dessus, des personnages ont feint de se pendre ou d'échapper à un incendie (des flammes projetées par des cracheurs de feu). Qu'un faisceau lumineux se braque sur un filin par lequel un homme dégringole sur une terrasse et tout le monde est prêt au voyage... mais la rue était trop petite pour contenir tout le monde. Il y a un endroit de la ville, sous les arbres, où chacun voudrait bien aller, mais ce jardin central de la place du Square est fermé par de hautes palissades pour la durée du festival. Craintes sans doute des pique-niques sauvages. Le moyen d'y pénétrer est d'aller assister à la Rétrospective des années Pingouins, un voyage en Turakie proposé par la compagnie Turak, ici en «gouvernement imaginaire», avec président bonimenteur et ministres pagayant avec de longues perches surmontées d'un parapluie rouge, deux par deux, dans de vieilles baignoires qui flottent sur un bassin du parc. Image assez drolatique. Les baignoires ne prennent pas l'eau. Les dignitaires accostent dans un sirop de musique de bac dégoulinante pour amener les spectateurs par petits groupes visiter les étapes de leur camping: ici des chaises de maternelle empilées, là des tentes approximatives, plus loin des vélos blancs suspendus au-dessus de leurs roues, soit tout un bric-à-brac voulu très Duchamp ou Dada, cautionné par la musique de Monique de Jacques Tati. En somme, une série d'installations. Igloos. Tout comme est une installation le Palais meringué de monsieur P., autre espèce de camping beau à voir tout construit d'igloos et autres poulailler ou bar, ou comptoir ou bivouac, tous de couleur ultrablanche. Sur la grande pelouse verte d'un gymnase, cet insolite village de plâtre séché sur tulle parle du sort des poulets de batterie, mais aussi de la guerre en Irak, et encore de la différence entre les cimetières des riches et ceux de pauvres. Par Mathilde LA BARDONNIE |
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La résistance s'essouffleSoixante personnes assises sur les gradins en pierre de la place des Carmes, à Aurillac... « Aurillac en lutte », « Guérillac », « Ville en résistance », indiquent les banderoles. Et pourtant... Le sentiment donné par ces intermittents, réunis une énième fois en assemblée générale pour demander le retrait du protocole d'accord sur leur système d'assurance-chômage, est mitigé. « Cela fait quinze jours que les collectifs débattent, se parlent, essaient de trouver un terrain d'entente. Mais personne ne s'écoute vraiment. On tourne en rond », lâche Jean-Marie Songy, le directeur du Festival de théâtre de rue d'Aurillac. Certes, sur le fond, le discours reste inchangé. Les jusqu'au-boutistes maintiennent leur appel à la mobilisation ; le collectif Restons vivants (sic) invite depuis sa « centrifugeuse » à idées à « une tornade de protestations féroces portée par les armes de l'art ». Mais beaucoup d'artistes ont choisi de jouer. Du coup, les troupes, divisées sur leurs moyens d'action, semblent décimées. « Chacun campe sur ses positions. Aucune parole claire ne parvient à émerger du magma des coordinations, nous sommes las », reconnaît un auditeur, comédien. Surtout, l'épuisement économique semble avoir eu raison de l'ardeur des premiers jours. « La facture commence à être salée pour les compagnies prises dans le tourbillon depuis deux mois, constate Jean-Marie Songy. Beaucoup d'artistes n'ont plus d'autre choix pour continuer à exister que de jouer. » Anne-Sophie Jarrige |
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Les intermittents en «guerrillac»Au Festival de théâtre de rue d'Aurillac, les spectacles continuent, les artistes manifestent et quelques commandos jouent de la confusion. Les drapeaux rouges de la compagnie Jolie Môme sont encore de sortie. Hier, à la tête d'une chaîne d'humains se tenant par la main pour aller encercler, en plusieurs rangs, «la maison du peuple», autrement dit la mairie d'Aurillac. Une chaîne déterminée à attendre des heures une communication avec les bureaux du Premier ministre, longue ronde composée, d'une part, des membres des coordinations régionales d'intermittents, d'artistes arborant sur la tête, ou autour du bras, un brassard jaune - couleur curieusement choisie pour stipuler «en grève» -, et d'autre part de «spectateurs solidaires» avec bandeaux ou brassards rouges. Ce siège pacifique a commencé à 14 heures et s'est prolongé des heures. Dernier jour. «Festival en résistance», comme l'indique la banderole suspendue devant les bureaux de la manifestation, le 18e Festival international de théâtre de rue continue d'être le lieu de vastes assemblées générales quotidiennes où chacun se demande à quoi ressemblera bientôt la place de la culture dans la société, et ce que sera la rentrée des spectacles. Certains, plus immédiatement, réfléchissent aux moyens de faire samedi, dernier jour du festival, «quelque chose de spectaculaire» : bloquer avec des camions les entrées de la ville ? multiplier les miniforums à travers les rues ? se transporter en masse vers le festival de La Chaise-Dieu ? Nul ne sait encore. En tout cas, commence à vaciller l'idée de respect mutuel des diverses sensibilités entretenue via l'active cellule de médiation, mise en place par l'équipe du festival, représentant à la fois les troupes, les salariés du festival, la coordination des intermittents, le collectif Restons vivants, la Fédération des arts de la rue, les syndicats présents, les programmateurs et le public. En fin d'après-midi, alors que Jean-Marie Songy, le directeur du festival, sentant des tensions monter, s'apprêtait à donner une conférence de presse, la porte de la «centrifugeuse» - vaste arène à ciel ouvert - a été poussée violemment et sont entrées une vingtaine de personnes cagoulées de noir et revêtues de la même longue capote militaire kaki que l'«Armée de l'art» en ses défilés quotidiens. Pas seulement composé de membres du collectif Restons vivants, ce commando «Guérillac 2003» a intimé le silence et feint à la perfection une prise d'otages, emmenant Jean-Marie Songy vers ses bureaux pour exiger d'être présent autour de lui lors d'une interview en direct prévue sur FR3 Auvergne, réclamant aussi d'avoir un «contrôle» sur la communication du service de presse du festival. Proclamée plus tard comme un «geste artistique désespéré en vue d'être entendu par le gouvernement», cette intervention a semé un certain trouble l'espace de quelques heures. De quoi décontenancer Jack Ralite, qui avait lancé le matin : «Soyez fiers, ce n'est plus comme d'habitude, c'est comme demain». Le sénateur communiste, infatigable amoureux du théâtre, présent ici comme il l'a été sur tous les festivals de l'été, a rappelé qu'Avignon, Aix et Montpellier avaient constitué «l'équivalent de la première grève de la faim pour les sans-papiers», mais qu'«on ne peut indéfiniment continuer une grève de la faim». Music-hall. Donc, l'ensemble des troupes du festival in jouent, et bien d'autres aussi. Dans quelques boutiques du centre ville, la Compagnie Trio Mineur déroule en un quart d'heure des histoires de gens qui vendent et achètent. Sur la place des Carmes, la Compagnie Annibal et ses éléphants présente la Bête en la personne d'un comédien démagogue baptisé Roger Cabot, tandis que dans le camion avec chapiteau de l'Illustre famille Burattini est expédié le mélodrame simplifié d'un as du music-hall à Broadway, devenu pilote puis manchot. Pour aller voir Itinéraires sans fond (s), présenté par la compagnie Kumulus que dirige Barthélémy Bompard, on se rend sur un parking proche de la gare, on emprunte une passerelle au-dessus de voies et, là, des gardes abrupts en manteaux cirés vous photographient sans ménagement, puis vous aiguillent le long de grilles jusqu'à un vague terrain à côté d'une voie de garage pour wagons de marchandises. Au milieu de quelques braseros et de bidons, treize personnages aussi patibulaires que remarquablement justes se font exilés, apatrides en transhumance après des guerres et des massacres. N'ayant chacun pour tout bagage qu'une à deux boîtes de chaussures où sont bien rangés des souvenirs, des petits trésors emportés à la hâte, un bric-à-brac de pauvres tissus, d'objets de pacotille, de photos, ou de vestiges de rations alimentaires de l'ONU. Errants. Et chacune et chacun raconte sa misère, ses espoirs d'Amérique ou de survie, ses périples, dans un langage incompréhensible imitant les phonèmes des pays balkans, où la troupe a voyagé l'hiver passé. Et chacune et chacun veut se faire admettre, et entre eux se tissent des liens : fragiles. Ils sont les étrangers, les errants, les arrivants. Les perdus de l'Histoire. Les perdants. Et quand même chantent. Un peu. Ensemble. Sur un sommier défoncé. Radeau de la méduse. Par Mathilde LA BARDONNIE |
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Aurillac, festival en résistance, choisit de jouerMalgré des débats entre partisans et adversaires de la grève, la majorité des intermittents du Festival international de théâtre de rue ont décidé de maintenir les spectacles tout en cherchant d'autres formes de lutte. Le mouvement des artistes rejoint celui d'autres acteurs de la contestation sociale. Annoncé comme la dernière échéance de l'été des intermittents du spectacle avant la rentrée sociale, le Festival international de théâtre de rue d'Aurillac s'est ouvert, mardi 19 août, sur une manifestation qui réunissait intermittents et enseignants, cheminots et militants altermondialistes. Mais contrairement à ce qui s'était passé à Avignon et dans d'autres festivals, les spectacles de la première soirée ont pu avoir lieu. "Festival en résistance": la grande banderole tendue devant les bureaux du Festival donne la tonalité. Avec ses mille et un débats, forums, gestes spectaculaires, le dernier grand rendez-vous de l'été, en matière de spectacle vivant, se veut résolument militant. Si Avignon avait donné le ton de la mobilisation en début d'été, Aurillac donne un avant-goût des actions qui pourraient ponctuer la rentrée artistique. "Rentrée sociale à Aurillac avec le spectacle en lutte", annonce la CGT, qui appelle à se mobiliser "pour la culture, l'éducation, la santé, les retraites, les services publics". Près de deux mois ont passé depuis la signature de l'accord sur le régime chômage des artistes et techniciens et le climat reste à la lutte. "On ne se laissera pas envoyer aux Restaurants du cœur sans résister jusqu'au bout", proclame le collectif Restons vivants, qui regroupe les compagnies du théâtre de rue. "Aurillac 2003, festival des luttes. 2 500 professionnels du spectacle, 100 000 spectateurs : une rencontre à ne pas rater", lit-on sur les affiches collées en ville. En deux mois, la contestation est passée d'un rejet de la réforme signée par le Medef et la CFDT à un débat plus large sur la place de la culture et les choix de société. Signe de lassitude des artistes ou désir de s'agréger aux mouvements sociaux actuels, les militants cherchent un deuxième souffle dans la jonction avec le courant des nouvelles radicalités. Ainsi, une marche partie du rassemblement tenu au Larzac les 8, 9 et 10 août, qui compte atteindre Paris début septembre, au moment où se tient le sommet de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) au Mexique, est arrivée à Aurillac en début de semaine. Elle rassemble des artistes, mais aussi des enseignants, des chômeurs et des agriculteurs. Dans le même élan, la manifestation de mardi après-midi dans les rues d'Aurillac s'est voulue "interprofessionnelle". Quelque 3 000 personnes ont défilé pour défendre "la culture en danger", à l'appel des coordinations et de la CGT du spectacle, mais aussi de la CGT cheminots, de la Confédération paysanne, des syndicats Sud de la santé et de l'éducation et d'Attac. "Culture, santé, éducation : y a pas que le pognon." Une semaine après la canicule, le slogan le plus repris par les manifestants y fait écho : "Les jeunes dans la galère, les vieux dans la misère, la culture qu'on enterre : on n'en veut pas de cette société-là." Quelques manifestants arborent un brassard sur lequel est inscrite la mention "en grève". NOMBREUSES INITIATIVES Eva Kovic, comédienne de la compagnie Les Buissonniers, de Nogent-le-Rotrou, explique que, devant la gravité de la situation, sa troupe a décidé d'annuler les quinze représentations prévues cet été à travers différents festivals. "On a un nouveau spectacle qu'on a répété depuis décembre, mais on ne l'a joué que trois fois. Les artistes doivent être les porte-parole du mouvement social actuel. Nous sommes venus à Aurillac pour faire le lien avec la rentrée." C'est aussi la position de la compagnie Jolie Môme, très visible avec ses grands drapeaux rouges ornés de masques et de symboles théâtraux : "On a annulé tous nos spectacles. On organisait un petit festival dans le Puy-de-Dôme : à la place, on a fait un forum interprofessionnel sous notre chapiteau." La plupart des artistes ont cependant choisi de jouer, tout en recherchant d'autres formes de lutte, et la première soirée de spectacle, mardi, s'est déroulée sans heurts. Les débats entre partisans et adversaires de la grève ont été vifs au cours des derniers jours. Presque toute la diffusion du théâtre de rue a lieu pendant l'été. Or bon nombre de compagnies n'ont pas pu atteindre le seuil minimum d'heures pour toucher les allocations Assedic ni montrer leurs spectacles au public et aux programmateurs. Plutôt que de disparaître, elles se tournent vers d'autres actions. Aurillac fourmille d'initiatives prises par le festival ou les coordinations, inspirées par un mélange de colère et de fantaisie. Une grande cabane posée au cœur de la ville est baptisée La Centrifugeuse. Le collectif Restons vivants, né à Chalon-sur-Saône en juillet - l'autre grand festival des arts de la rue -, y donne rendez-vous. "Le plus beau laboratoire d'idées et d'actions politique qui puisse exister" est animé par "des rêveurs, des chercheurs, des essayeurs, des bougeurs, des virevolteurs". C'est là que la Fédération, association professionnelle des arts de la rue, organise ses forums-débats chaque après-midi, en vue d'obtenir "une loi d'orientation générale qui permette de relever les défis d'une culture en marche". La réforme du régime des intermittents est dénoncée : "Trente mille artistes au RMI, l'équivalent de la population d'Aurillac." Le Festival a créé une cellule de médiation, pour tenter d'apaiser les tensions entre les artistes désireux de jouer et ceux partisans du blocage des spectacles. Elle compte des représentants des compagnies, des différentes coordinations, des syndicats, du comité des spectateurs solidaires et des associations professionnelles. A l'issue de ses réunions quotidiennes, la cellule publie un bulletin qui recense les différentes actions du jour. Tous se retrouvent à 19 h 30 devant la mairie pour pousser "le grand cri", une nouvelle forme de protestation qui se développe actuellement devant les mairies de France. On y appelle aussi à la rencontre de la Coordination nationale des intermittents, prévue à Paris, du 28 au 30 août. Catherine Bédarida Les intermittents portent plainte pour faux La Coordination des intermittents et précaires d'Ile-de-France annonce qu'"une plainte contre X... avec constitution de partie civile pour faits de faux en écriture privée" a été déposée, mardi 12 août, auprès du tribunal de grande instance de Paris. Cette plainte repose sur deux avenants au protocole d'accord du 26 juin, qui définit le régime d'indemnisation des intermittents. "Le 8 juillet, plusieurs avenants ont été signés", explique Me Dominique Noguères, avocate de la coordination. "Deux ont été enregistrés à la DDTEFP -direction départementale du travail, de l'emploi et de la formation professionnelle- sous le même numéro, mais un article, qui porte sur la franchise, et une signature ne sont pas les mêmes. Tout laisse penser que l'un des avenants pourrait être postérieur au 8 juillet." Il reviendra au juge d'instruction, qui devrait être nommé en septembre ou en octobre, de mener l'enquête. Si les résultats confirmaient les faits, "cela pourrait remettre en cause la validité de l'accord - ce qui ne manquerait pas de créer un joyeux bazar",conclut l'avocate des intermittents. |
| Le festival d'Aurillac, entre débrayages et spectaclesAURILLAC (AFP) - Les intermittents du spectacle qui s'efforcent de créer un mouvement unitaire et interprofessionnel à l'occasion du festival de théâtre de rue d'Aurillac ont voté mercredi pour des "débrayages" jeudi et vendredi. A la peinture blanche, sur des panneaux, sur des murs, sur les vitrines des banques ou la façade de la mairie, ils ont écrit leurs slogans : "Non au capitalisme", "pour une culture libre", "la culture en danger". "La rentrée a eu lieu plus tôt que prévu", s'était réjoui l'un d'eux après la manifestation qui a réuni mardi cheminots, personnels de la santé et membres de la coordination paysanne au premier soir du festival, dernier grand rendez-vous de l'été en matière de spectacle vivant. Les spectacles se sont déroulés normalement jusqu'à présent. Sur la place des Carmes, une arène métallique, vestige d'un ancien spectacle, accueille tous les matins des débats sur les suites à donner au mouvement. Mercredi, des intermittents réunis au sein de plusieurs collectifs ont décrété à la majorité six heures de "débrayage" par jour, jeudi et vendredi. Une action "spectaculaire" est prévue samedi, jour de clôture du festival. "Pour que Jean-Pierre Raffarin nous entende, nous allons lui adresser deux mille programmes du festival", ont également annoncé les intermittents. Autant d'actions qui ont aussi reçu le soutien du personnel de l'association "Eclat", organisatrice du festival, et d'un "Comité de spectateurs solidaires". Certaines divergences sur les modes d'action à adopter apparaissent toutefois derrière l'apparente unité des intermittents. "Restons vivants", collectif créé à l'occasion du festival "Chalon dans la Rue" a opté pour le maintien des spectacles et l'organisation de forums pour débattre avec le public. "Notre principe de base est de ne pas faire la grève mais plutôt de mener des actions", a expliqué Sandrine Roche, de "Restons Vivants". Hervée (bien Hervée) de Lafond, du Théâtre de l'Unité, milite elle pour "un boycottage du festival avec des actions incontrôlables". Philippe Bonnet, secrétaire du syndicat Auvergne des professionnels du spectacle (SAPS-CGT), voit plus loin que le combat pour le retrait de l'accord sur l'assurance-chômage. "S'il ne s'agissait que de mener ce combat-là, ce serait une lutte corporatiste", a-t-il déclaré, avant d'ajouter : "Il faut unifier l'ensemble des mouvements sociaux et la grève est la meilleure arme pour y arriver et créer un trait d'union avec le mouvement qui s'annonce pour l'automne". "Le festival ne se déroulera pas normalement, en aucun cas", a affirmé quant à lui Pascal Leguennec, membre de la coordination d'Ile-de-France et du collectif "Aurillac en lutte". Mercredi après-midi, les compagnies du "off" avaient pris possession des rues. Sur les 400 attendues à Aurillac cette année, 180 n'étaient toujours pas pas arrivées. "Elle ne devraient pas venir", a estimé Jean-Marie-Songy, directeur artistique d'Eclat. "Certaines compagnies ne peuvent plus prendre le risque de se mettre en grève, elles n'ont plus les moyens financiers", a-t-il ajouté. Les dix-huit compagnies prévues dans le cadre du "in" sont, elles, toutes présentes. |
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Le festival d'Aurillac s'ouvre sous le signe de la contestation sociale"Un rassemblement de cette ampleur prouve que la rentrée a démarré plus tôt que prévu", a déclaré Sébastien Guerrier, membre de la coordination "Aurillac en lutte" qui regroupe plusieurs coordinations régionales d'intermittents. Le 18e festival de théâtre de rue "Eclat" s'ouvre mercredi 20 août à Aurillac et devrait, selon les vœux des organisateurs, être une tribune pour les intermittents du spectacle en lutte. "Nul ne peut dire précisément comment se déroulera ce festival. Nous avons fait tout notre possible pour qu'il soit un espace de débats, mais aussi de spectacles et de liberté d'expression", a souligné la direction d'"Eclat". Une manifestation interprofessionnelle a réuni mardi soir 800 personnes selon la police, 3 000 selon les organisateurs, à l'appel du Syndicat Auvergne des professionnels du spectacle (SAPS-CGT), de la CGT-Cheminots, de SUD-Santé-Sociaux, de SUD-Education, de la Confédération paysanne, ainsi que du personnel du festival derrière le slogan : "Aurillac 2003 : festival des luttes !" Les manifestants ont défilé dans les rues de la ville derrière des banderoles affirmant "Culture en danger", "Agriculture en danger", "Santé en danger". Une banderole proclamant "Festival en résistance artistique" a été accrochée place des Carmes, dans le centre-ville, par l'équipe technique du festival.. "Un rassemblement de cette ampleur prouve que la rentrée a démarré plus tôt que prévu", a déclaré Sébastien Guerrier, membre de la coordination "Aurillac en lutte" qui regroupe plusieurs coordinations régionales d'intermittents. "Notre espoir, c'est que ce soir soit le point de départ de la rentrée sociale", a-t-il ajouté. Le cortège était précédé par un groupe de vingt-trois marcheurs partis du plateau du Larzac à la suite du rassemblement altermondialiste, début août, et décidés à rallier Paris début septembre pour l'ouverture de la réunion de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) à Cancun (Mexique). Derrière les marcheurs, des délégations de SUD-Education, de la Confédération paysanne, de personnels de la santé et des cheminots CGT du Cantal devançaient le gros des troupes composé essentiellement d'intermittents du spectacle. A son point d'arrivée, place de l'Hôtel-de-Ville, le cortège a été grossi par des spectateurs du festival. "MESSAGE AMPLIFIÉ" Les coordinations régionales ont appelé "tous les professionnels présents à Aurillac à créer les conditions de débrayages massifs durant les trois jours du festival". "Ces débrayages nous permettront de nous retrouver de façon à ce que la mobilisation de la rentrée soit à la hauteur de notre détermination et de notre colère", avaient déclaré vendredi les coordinations dans un communiqué commun. La direction du festival soutient ce mouvement et compte conjuguer art et contestation. Selon Anne Lacombe, responsable de la communication d'"Eclat", "toutes les compagnies du 'in' sont présentes, toutes souhaitent jouer et toutes souhaitent également militer". "Nous sommes pris dans une tourmente sociale qui touche la culture et que nous ne pouvons pas ne pas entendre", a, pour sa part, déclaré Jean-Marie Songy, directeur artistique d'"Eclat" avant d'ajouter : "La situation est propice à un message entre l'art et le social". Des spectacles militants devraient voir leur "message amplifié", selon la direction d'"Eclat". Les pièces de théâtre de la famille Burattini (Théâtre du Mélodrame), un drame de l'humour qui évoque la grandeur et la décadence d'un honnête homme, et celle de la compagnie Kumulus ("Itinéraire sans fond"), où treize personnages lunaires racontent leur errance absurde avec pour tout bagage une boîte à chaussures, pourraient ainsi trouver un écho particulier. Une vingtaine de compagnies et autant de spectacles doivent se produire à plusieurs reprises entre les 20 et 23 août pour la 18e édition d'"Eclat", le plus important festival de théâtre de rue en France. |