« RESTONS VIVANTS ! »
CHARTE
1) Un mouvement artistique et politique
Le mouvement des intermittents réclame la non signature du protocole
d’accord inacceptable du 26 juin 2003 concernant les annexes VIII
et X de l’Unedic.
Il entend aller jusqu’au bout de ses rêves et de ses désirs
et ne s’éteindra pas tant que les problèmes de l’art
en France ne seront pas mis à plat et analysés en vue
d’une reconstruction radicale.
Interpellés sur l’annexe, sur l’accessoire, les artistes
répondent sur l’essentiel et jettent pêle-mêle
le fond des vrais débats : la place de la culture, le statut
de l’artiste, la résistance du vivant, la considération
de l’art vivant. Pour affirmer leur contestation, ils inventent
des formes nouvelles d’interventions artistiques, innovantes,
étonnantes. La pré-occupation artistique de la ville de
Chalon est une de ces manifestations inédites.
« Restons vivants ! »
Le festival Chalon dans la rue est terminé. Il n’a pas
été annulé et s’est déroulé
en absorbant les situations des plus chaotiques : compagnies grévistes
et non grévistes, actions militantes, manifestations publiques,
perturbations et empêchements de spectacles…
En réponse au crucial dilemme des artistes et des techniciens
de ne « plus jouer » ou de « jouer plus », face
au néant culturel et social proposé par le gouvernement,
plusieurs compagnies du festival (In et Off) choisissent une troisième
voie : l’occupation artistique de leur espace de travail. Cette
action entend être une vitrine d’un laboratoire politique
des arts publics.
Il ne s’agit pas de prolonger le festival mais de faire appel
à nos savoirs faire spécifiques pour investir des territoires
physiques, sociaux, politiques, des espaces collectifs (en voie de confiscation)
; inviter le plus grand nombre à la prise de parole publique
à partir d’actions artistiques poétiquement affirmées
; inventer des nouvelles formes d’être ensemble.
« Restons vivants ! » concerne avant tout les artistes
mais ne se veut pas corporatiste. Il est conscient des contextes politiques
et sociaux de la France, mais veut garder sa spécificité
artistique et se battre avec les armes de l’art. Il accueille
en son sein des personnes aux sensibilités politiques et religieuses
variées et respecte cette diversité.
Chacun peut y participer en respectant ces principes fondamentaux :
Solidarité, générosité,
autonomie, responsabilité
Les compagnies s’engagent :
- à s’investir dans un processus collectif d’actions
artistiques. Elles ne sont pas là pour leur promotion ou leur
valorisation
- à s’inscrire dans une dynamique de rencontres, d’échanges
et de respect avec les habitants et les autres participants.
- à assurer leur autonomie (technique, logistique, hébergement,
nettoyage des lieux, financement des actions individuelles).
- à être responsable de ses interventions artistiques
tant d’un point de vue juridique, que dans son rapport au public
et à la population.
« Restons vivants ! » n’est pas un mouvement limité
dans le temps. L’acte 1 est la pré-occupation artistique
de Chalon. Il peut s’arrêter à tout moment et se
continuer dans d’éventuels actes suivants. Dans tous les
cas ces décisions devront être prises et effectuées
collectivement.
2) Aspects juridiques
Compte tenu du caractère exceptionnel de l’action qui
est une manifestation artistique volontaire, le cadre juridique qui
s’applique comporte nécessairement des vides (pas d’organisateur,
pas de contrat, pas d’autorisation d’occupation de l'espace
public….). Cependant, les préconisations suivantes visent
à tenter de réduire les risques de cette occupation :
- Les contrats des compagnies couvrent généralement
les risques liés à la diffusion d’un spectacle
: responsabilité civile, assurance du matériel…
Dans le cadre de cette manifestation, les compagnies ne sont pas couvertes
par l’assurance d’un organisateur. De ce fait, il est
proposé que chacune d’entre elles prenne contact avec
son assurance pour l’interroger sur les clauses de son contrat
et éventuellement demander une extension temporaire pour couvrir
les risques liés aux représentations de spectacles dans
l’espace public. Pensez à préciser à votre
assureur la jauge du public concerné (déclarer la jauge
moyenne habituelle de votre spectacle).
- Chaque compagnie prend conscience que sa responsabilité
demeure engagée vis-à-vis de son équipe qui intervient
bénévolement (en l’absence de contrat de travail,
pensez à déclarer le nombre et/ou les noms de vos bénévoles
auprès de votre assureur).
- Si vous installez une buvette, veillez à ne vendre aucun
type d’alcool.
3) Le cadre financier : la caisse de solidarité
Financement
Elle est alimentée soit par des dons en espèces du public
ou des professionnels solidaires, soit par des chèques déposés
sur un compte « transitoire » ouvert par La Fédération,
association professionnelle des Arts de la Rue.
Ces chèques devront être libellés à l’ordre
de « La Fédération (RV) ». Pour les dons des
personnes morales, La Fédération leur fera parvenir un
justificatif comptable.
Pour les personnes morales qui le souhaitent, il est possible également
de prendre en charge directement des factures relatives au fonctionnement
de l’action (achat de matériel, factures de prestataires
de services…).
Utilisation
Une équipe d’administrateurs de compagnie assure en relais
la gestion de cette caisse de solidarité.
Les sommes perçues serviront à couvrir les frais collectifs
: petit matériel de régie et accessoires pour les sites
communs et les actions collectives, frais d’aménagement
technique des lieux (son, lumière, électricité),
fournitures de bureau (papeterie, photocopies, petit matériel
de bureau), entretien et sanitaire, frais de convivialité !!!.
Pour garantir le bon fonctionnement de la caisse en liquide, aucune
avance ne sera faite. Les dépenses seront uniquement remboursées
sur présentation de facture. Un cahier des dépenses sera
ouvert, il mentionnera le nom de la personne, le nom de sa compagnie,
l’objet de la dépense et le montant.
Solde
Le solde de la caisse en liquide, s’il existe, constaté
le jour du départ de Chalon sera affecté à une
action collective qui s’inscrirait dans la continuité de
la préoccupation artistique. Si une telle action n’était
pas envisagée de façon consensuelle, il est convenu que
le solde sera affecté à 50 % à une association
chalonnaise de soutien aux personnes en situation de précarité
et à 50 % à un fond de solidarité national des
intermittents.
La totalité des fonds constitués par les chèques
déposés sur le compte de La Fédération sera
affectée de la façon suivante : 50 % à une association
chalonnaise de soutien aux personnes en situation de précarité
et à 50 % à un fond de solidarité national des
intermittents. |