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A Moirans en Montagne, 07/07/2003 Objet : Jouer et Agir. L'acteur et le Spectateur. OUI nous voulons défendre notre métier et notre statut d'intermittent du spectacle. OUI nous jouerons cet été dans les festivals.
N'oublions pas le public! Le spectateur aussi peut choisir, être actif. Nous sommes en train de faire une liste d'actions à proposer aux spectateurs à chaque représentation, selon sa catégorie (spectateur du dimanche, contribuable, élu, professionnels, enfants...). Chacun a le choix de sa culture et un pouvoir d'action, ne serait ce qu'en boycottant toutes ces émissions télé dégradantes confondant le talent et l'exhibitionnisme, la création et le star-system. Avoir une compagnie, créer des spectacles, c'est un mode d'expression en tant qu'artiste et citoyen. Nous avons cette chance que notre métier ait une vraie action sur le lien social. Utilisons cette capacité, n'en faisons pas qu'une lutte de corporation (une de plus!). La culture concerne tout un chacun. Nous ferons une réunion d'info sur notre métier, ce statut, à Moirans, à la Vache qui Rue ce lundi 7 juillet à 18h30, ouverte à tous. Nous avons déjà entamé la discussion avec notre banquier, la pharmacienne, les jeunes beurs au café, des commerçants, un chef d'atelier de chez Smoby qui nous découvre, des parents d'élèves... que des gens qui nous connaissent, nous côtoient. C'est passionnant, c'est très local, très modeste et très révélateur. Certains trouveront cela dérisoire, nous avons le sentiment que c'est aussi important de le faire, ici. les Chercheurs d'Air |
A Moirans en Montagne, 09/07/2003 La grève a été voté aujourd'hui par les intermittents présents sur le Festival Ideklic à Moirans-en-Montagne (Jura). Une délégation a proposé un texte de solidarité aux responsables du festival, au Maire de Moirans et au public (cf. texte ci-dessous). En l'absence du soutien du Maire il a été décidé en assemblée générale d'annuler tous les spectacles du jour. Quelle culture pour demain ? Quel Idéklic en 2004 ?Le Medef considère que le chômage des intermittents du spectacle n'a pas à être supporté par une caisse, l'UNEDIC, relevant du secteur privé ; il propose un aménagement des conditions d'accès à ce statut entraînant la disparition à cour terme d'environ 1/3 des professionnelles artistiques et techniques. Cette mesure, si elle est approuvée par le gouvernement entraîne, outre le drame personnel et social qui touchera ces professionnels, une rupture sans précédant de l'activité de création et diffusion du spectacle vivant en France. Le Ministère de la Culture a obtenu que l'application de ce dispositif soit différée pour devenir effectif en 2005 ; il donne donc raison au Medef et donne au professionnels un court délai pour préparer leur valise. Dans leur grande majorité, les intermittents du spectacle, désigné comme seuls responsables du déficit de l'UNEDIC ont entamé un mouvement de grèves désespéré et en appellent à la solidarité de l'ensemble des personnes qui profitent de leur statut personnels permanents des entreprises culturelles, directeurs et présidents de ces structures, élus des villes et collectivités organisant des programmations, festivals et actions culturelles, établissements scolaires, et d'une manière général toutes les personnes concernées par le spectacle (public, bénévoles, amateurs etc.) Au premier jour du festival Idéklic, qui défend la valeur de l'accès à la culture au plus grand nombre et particulièrement aux enfants, les intermittents vous demandent d'exprimer publiquement votre solidarité en signant ce manifeste qui sera adressé au Ministre de la culture afin de demander les refus de ce projet. Ils demandent que les élus et responsables territoriaux s 'expriment sur l'incidence économique des festivals et événements culturels afin de justifier la solidarité en cas de chômage. Ils demandent la considération de leurs profession, souhaiteraient d'abord être payés pour le travail , visible et invisible, qu'ils fournissent ; ceci signifie des aides au diffuseurs de spectacle et des aides à la création, plutôt que des aides au chômage. Et surtout ils incarnent et défendent la création , la liberté d'expression, l'accès à la culture pour tous, non pas la défense d'une corporation mais le respect d'un bien collectif et inaliénable. les Chercheurs d'Air |
A Moirans le 10/07 Il faut relater ce qui s'est passé à Moirans en Montagne ces derniers jours, autour d'Idéklic : Lundi 7, nous (Chercheurs d'Air) rejoint par Laurie (Cie Graine de Vie) et Gérard Dalton, chanteur, tous intermittents locaux donc pas anonymes convions les Moirantins à une info sur le sujet (problèmes des intermitteux, incidence sur la culture) ; peu de monde mais le président du festival se déclare solidaire sur le fond après lecture d'une lettre des programmateurs de Sotteville. Personne de la mairie (Dom s'est engueulée avec la secrétaire générale l'après-midi en essayant de l'informer sur cette "action"). Mardi 8, matin : Key appelle les compagnies du festival pour demander leur position sur le sujet, dire qu'on est là en résidence, qu'on se parle une fois qu'ils seront arrivés, qu'on est pour jouer et pour parler. Le soir les 1ères compagnies arrivent, une AG se déclenche avec les organisateurs. On recherche comment agir, on situe le contexte de Moirans, on finit par se mettre d'accord sur un texte de solidarité avec les intermittents du festival, à signer par l'organisation (Christian Piron, président et Anne Marie Gazzini, directrice artistique), 1 représentant des bénévoles, du public et le Maire de Moirans. On sent ses compagnies (Alama's, Puces savantes.) plutôt remontées alors que la presse locale titre que le festival aura bien lieu. La question du Maire pose visiblement problème, l'organisation souhaite qu'on joue ! On parle beaucoup des enfants, des bénévoles, manifestement le festival n'a pas envisagé un mouvement de grève, tout le monde prépare l'ouverture. Mercredi 9 : on se retrouve au petit déj, Christian Piron nous annonce un rendez vous à 10h30 pour rencontrer et convaincre la Maire. On discute des gamberges de la nuit, d'Avignon qui reconduit la grève, on vote : 3 pour la grève, 17 pour jouer et parler avant ou après . On va à la Mairie ; l'entretien dure 1h30 ; Le Maire ne signe pas "de peur qu'on utilise sa signature", il se montre méfiant, ne connaît pas le dossier, est pote avec Raffarin. Son adjoint est solidaire à titre personnel ; à la sortie les collègues sont atterrés du mépris qu'ils ont tous ressentis. On va déjeuner puis AG. Plusieurs hypothèses : jouer et parler, ne pas jouer mais parler, commencer puis arrêter le spectacle pour signifier ce que veut dire arrêter. Cette dernière option ne convient pas aux organisateurs qui, si on la vote, communiqueront que les spectacles n'auront pas lieu ; problème aussi de rembourser les places, on nous dit qu'on va se mettre les gens à dos, finalement on vote, la majorité est pour la "mort subite". On prévoit de tourner pour être là sur les spectacles qui arrêtent et discuter avec les gens ; on se disloque pour mettre ça au point chacun dans sa compagnie. Je serai sur le "Manège" des Alama's ; l'arrêt du spectacle est quelque chose de douloureux, une courte allocution, j'ai les larmes aux yeux, le public applaudit, Lolo parle avec des enfants, des groupes de parole. Pas un mot déplacé, le public est avec nous. Personne du festival présent à nos cotés ! Je fonce au début de Ramdam que les régisseurs ont monté depuis la veille ; le spectacle commence, Dom est très appliquée et fébrile, elle joue une vingtaine de minutes et au moment de la pub (pour ceux qui verront le spectacle) c'est la finale de "Nice People" qui apparaît à l'écran, le son envahissant notre sono de plus en plus fort. On laisse un temps avec ça plein les oreilles puis Juan coupe le fil à linge, SILENCE, Dom retire sa perruque et demande aux inter. de la rejoindre ; ses larmes de rage et de frustration, ses mots pour dire, et à mon tour de redire vite notre parcours de compagnie et que Ramdam sera peut-être le dernier. Ici nous ne sommes pas anonymes, les gens applaudissent longtemps. Re-larmes, plus longtemps. Personne du festival présent à nos côtés, ni à l'accueil, ni à ce moment. Prises de parole, on discute 1 heure avec les gens. Ils sont avec nous. On fonce sur l'ouverture de salle de Damien Bouvet qui a préféré ne pas jouer. La salle est fermée, personne du festival, Damien et quelques autres ont commencé de parler à ceux qui arrivent. Anne-Marie Gazzini arrive enfin, ça chauffe car on apprend que les spectacles ont été annoncés annulés, certains billets remboursés déjà, on finit en AG dans la salle des fêtes, prise de bec avec l'organisation (Damien avait déjà trouvé porte close pour son spectacle de l'après-midi), explications sur les portes closes et les absences, les bénévoles qui rament, c'est chaud ; on décide de faire une action sur l'inauguration demain et on repart sur l'idée de spectacles interrompus. De nouveaux artistes sont arrivés. Jeudi 10, 9h : Réunion avec le Festival, on nous demande à nouveau de jouer en laissant possibilité de prises de paroles, on revient sur la solidarité qu'on ne voit pas, les problèmes de la veille, des prises de gueule sérieuses, on ne se sent pas entendus, on exige une engagement ferme du Festival à nos côtés, claquements de porte, intervention déchirante de Damien Bouvet, Dom encore, Nicole Rivier ; on sent que ça bouge côté Festival. 11h : Devant la Mairie les intermittents sont couchés, morts, Barkès joue une marche funèbre, des bénévoles main dans la main autour de nous ; les huiles enjambent en souriant jaune, distribution du texte. On monte à l'inauguration, tous, le Maire en retard, Christian Piron, directeur du festival commence par remercier les présents, excuser les absents, remercier les bénévoles. Aucun mot sur la situation, incroyable, nous sommes absents de ses paroles ! Il invite le parrain Pef (auteur de livres pour enfants) qui met les pieds dans le plat : il est né dans un milieu de théâtre, parle de la ligue de l'enseignement, dit la gravité de ce qui se passe. Ouf, merci Pef ! Le Maire arrive sans nous voir, s'excuse d'avoir pris du retard avec l'inspecteur des musées de France et attaque son refrain sur l'action culturelle exemplaire de Moirans. Fanfaronnades coupées à plusieurs reprises car trop langue de bois ; on finit par relire notre texte, qui est applaudi ; le Maire dit que ce n'est pas le même que la veille et qu'il ne le signera pas plus, ça part en live sur des contradictions, ça arrive sur les Chercheurs d'Air dont le Maire rappelle tout ce qu'il a fait pour eux, j'éclate pour dire qu'il n'entendra plus parler de nous, Dom embraye en faisant remarquer à l'assistance qu'il y a aussi des artistes dans cette salle puis en disant notre version des Chercheurs d'Air à Moirans. Les gens présents jugeront, nous quittons cette ville tenue par ce Maire méprisant qui utilise la culture mais ne respecte pas ceux qui la font. L'inauguration se termine ainsi, on quitte la salle suivis par des journalistes. J'arrête là ce récit de 2 jours à Moirans ; l'après-midi les spectacles ont joué avec prises de paroles, d'autres compagnies arrivent, les Alama's sont repartis sans un sou du Festival, nous partons demain à la Flèche. Juste dire que ces actions parfois violentes (danger de mort, désespoir) sont malgré tout comprises. Il y a beaucoup d'échanges entre les gens, de prises de conscience. Et qu'on est fier d'avoir dénoncé une hypocrisie sur la culture ; nous sommes déchirés par rapport aux gens de Moirans et du Festival, Christian, Josette, tous, serons-nous compris ? Il faut des déklics. Dominique Comby, pour la Cie des Chercheurs d'Air P.S. : Une précision : Dominique Lemaître et Dominique Comby sont comédiens et fondateurs de la Cie des Chercheurs d'Air, Palmira Archier en est la Présidente. |