Intermittence : Mouvement de résistance des Arts de la rue

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Paris, jeudi 26 juin 2003


Les intermittents du spectacle dans la rue pour défendre leur assurance chômage

PARIS (AP) jeudi 26 juin 19h50 - Les intermittents du spectacle restent mobilisés pour défendre leur système d'assurance chômage. Plusieurs milliers d'entre eux ont manifesté un peu partout en France jeudi, pour réclamer le maintien de leurs droits actuels, renégociés par les partenaires sociaux.

La plus importante manifestation a rassemblé 8.500 personnes à Paris selon la police.

Selon la fédération CGT du spectacle, à l'origine de cette nouvelle journée d'action, des manifestants ont également défilé à Bordeaux (400 personnes), Caen (100), Marseille (2.500), ou encore à Nantes (1.600).

Dans la capitale, les protestataires sont partis de l'esplanade des Invalides vers 17h30 et ont rejoint dans le calme le siège du Mouvement des Entreprises de France (Medef) où se tenait la négociation entre partenaires sociaux sur l'indemnisation du spectacle.

Actuellement, les intermittents du spectacle doivent cumuler 507 heures de travail sur 12 mois pour bénéficier d'un an d'indemnisation. Face au déficit du système particulier des intermittents (828 millions d'euros), le Medef propose qu'ils justifient désormais de 507 heures sur neuf mois, pour ne plus bénéficier que d'une indemnisation d'une durée de six mois.

Selon la CGT, une telle réforme exclurait environ 50% des intermittents du système, "mettant en danger l'ensemble de la production artistique en France".

Les discussions entre les partenaires sociaux, entamées il y a plusieurs mois tout comme le mouvement de grèves et de manifestations qui les accompagnent, se poursuivaient jeudi dans la soirée.

"Nous sommes le spectacle, le Medef c'est l'obstacle", pouvait-on lire sur la banderole en tête du cortège parisien haut en couleurs. Jongleurs, clowns, comédiens de théâtre, mais également techniciens du cinéma et de l'audiovisuel étaient présents dans la manifestation.

En milieu de cortège, une troupe de théâtre avait installé une potence sur une plate-forme où les intermittents venaient se faire pendre tour à tour par des "assesseurs" en chapeau haut-de-forme symbolisant le patronat.

"Non à la dictature du Medef", "Medef: y'en a marre, laissez-nous vivre notre art", ou encore, sur une immense banderole noire: "silence, on meurt" pouvait-on lire dans le cortège.

"Si on laisse faire, mis à part les gens qui travaillent très régulièrement, par exemple comme cadreurs dans les chaînes de télévision", tous les autres intermittents "vont dégager parce qu'il est impossible d'accumuler 507 heures de cachets sur huit ou neuf mois", a déclaré Jean-François Pujol, secrétaire général adjoint de la confédération CGT du spectacle.

Il n'a pas exclu des actions de blocage des festivals de l'été: "je pense que les gens des festivals les plus exemplaires auront compris que s'ils n'agissent pas aujourd'hui, ils devront aller chercher du travail ailleurs que dans le spectacle".

Trois cents cinéastes parmi lesquels Jean-Jacques Beineix, Alain Corneau, Bertrand Tavernier ou encore Nadine Trintignant ont publié jeudi matin dans le quotidien Libération une pétition demandant de ne pas laisser le dossier aux mains du Medef et à sa "logique comptable aveugle".


 
Photos : Kevin Morizur

Un accord sur l'indemnisation du chômage des intermittents du spectacle a été conclu
(LEMONDE.FR | 27.06.03 | 09h19)

Les artistes devront justifier de 507 heures de travail au cours de dix mois et demi pour avoir droit à huit mois d'indemnisation.

Les partenaires sociaux ont signé, jeudi soir, à Paris un protocole d'accord modifiant le régime spécifique d'indemnisation du chômage des intermittents du spectacle, a annoncé, vendredi, la CGT à l'issue de la négociation qui s'est déroulée jeudi au siège du Medef.

L'accord a été signé par le Medef et trois organisations syndicales, la CFDT, la CFTC et la CGC. La CGT, syndicat majoritaire dans le spectacle, et FO n'ont pas signé le document.

Le protocole d'accord crée une distinction entre les techniciens et les artistes, dont les conditions d'indemnisation ainsi que la durée d'indemnisation ne correspondront plus comme c'était le cas auparavant.

507 HEURES DE TRAVAIL POUR HUIT MOIS D'INDEMNISATION

Les techniciens devront désormais justifier de 507 heures de travail au cours des dix derniers mois pour bénéficier d'une indemnisation de huit mois et les artistes devront justifier de 507 heures de travail au cours de dix mois et demi, ce qui leur ouvrira droit à huit mois d'indemnisation.

Jusqu'alors, selon les annexes 8 et 10 qui définissaient leur régime spécifique d'indemnisation du chômage, les intermittents du spectacle (artistes comme techniciens) devaient avoir accompli 507 heures de travail au cours des douze derniers mois, ce qui leur ouvrait un droit d'indemnisation de douze mois. L'annexe 8 concerne les artistes, ouvriers et techniciens de l'audiovisuel et du cinéma, et l'annexe 10 s'applique aux artistes et techniciens du spectacle vivant. L'accord entrera en vigueur le 1er octobre 2003. Il sera valable jusqu'au 31 décembre 2005.

A l'issue de la négociation, qui avait commencé à 15 h 30 et qui a pris fin huit heures plus tard, marquée par trois suspensions de séance, Jean Voirin, secrétaire général de la fédération CGT du spectacle, a qualifié l'accord de "scélérat". "Ce nouveau mode de calcul, a-t-il dit, se traduira par la mise à la casse de 35 % des intermittents." "Il est scandaleux, estime-t-il, que le nouveau mode d'indemnisation touche les gens les plus précaires". "C'est la curée pour le spectacle vivant" a-t-il conclu.

De son côté, Jean-Claude Quentin, secrétaire confédéral de Force ouvrière chargé de l'assurance-chômage, a déclaré que "FO est plus que réservée par rapport au contenu de cet accord et consultera sa fédération des spectacles." La réforme du régime spécifique de l'indemnisation du chômage des intermittents du spectacle était au centre d'âpres discussions. Les intermittents du spectacle (dont le nombre est évalué à quelque 75 000 en 2002 par l'Unedic) ont manifesté à plusieurs reprises tant à Paris qu'en province depuis octobre 2002.

Une manifestation s'est déroulée à Paris jeudi, réunissant environ 10 000 intermittents entre le boulevard des Invalides et l'avenue Pierre-1er-de-Serbie, siège du Medef. Parallèlement, de nombreuses actions et manifestations se sont déroulées dans diverses villes de province, qui se sont traduites notamment par l'occupation de représentations locales du Medef et de la CFDT.

Selon l'Unedic, le montant des cotisations versées au titre de l'assurance-chômage par les intermittents du spectacle était de 124 millions d'euros en 2002. La même année, les dépenses d'indemnisation se sont montées à 952 millions d'euros, entraînant selon l'Unedic un déficit de ce régime spécifique de 828 millions d'euros.

Avec AFP