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Sotteville, vendredi 27 juin 2003
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Grève générale des spectacles pour la première journée du Festival Vivacité de Sotteville les RouenVendredi 27 juin. Réunis en assemblée générale, les artistes ont decidé la grève ce vendredi à Sotteville. Les premières images de la Manif qui s'est deroulée à 18H30 sur les lieux intialement prévus pour l'inauguration. Ce soir les artistes continuent l'action sur Rouen où devait se dérouler l'ouverture de "l'Armada". Demain sera un autre jour de lutte sous une forme restant à déterminer. L'équipe du fourneau.com en direct de Sotteville |
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Photos : lefourneau.com
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Photos Lucie B. |
Un pet sur une toile bien ciréeSotteville lès Rouen, vendredi soir. Les intermittents ont rendez-vous sur les quais de Rouen pour intervenir avant la pré-ouverture des plasticiens volants. « Don Quichotte » aura lieu…il affrontera quelques moulins à vent gonflables et autres monstres bien gonflés eux aussi. Vendredi matin, AG, ça veut dire Assemblée Générale, ça
veut dire aussi qu’on est assis en rond devant la cantine et que
ceux qui n’ont pas trop peur de dire une grosse connerie peuvent
prendre la parole. Tout y passe, le mec qui ouvre tout le temps sa gueule
pour bien montrer qu’il est courageux et prêt à se
battre avec tout le monde et même s’il faut tout de suite
avec ceux qu’ en auraient envie, voire même ceux qu’en
auraient pas envie mais maintenant tout de suite, ici, entre nous, à cause
qu’il est énervé et qu’en plus il a de quoi.
Du coup y m’ donnerai bien envie d’ me battre. Puis s’exprime émue
une jeune fille vindicative de bonne élocution qu’on serait
presque tenté d’écouter un peu si emportée
par son frais élan révolutionnaire et la naturelle fougue
de sa rêveuse jeunesse, elle n’entrait en transe et déclarait
sur le champ que de toute façon il fallait refaire le monde entier,
parce que pas mal de choses allaient pas bien dedans. Elle remportera
l’unanimité des applaudissements moins mes deux mains qui
elles se cramponnent au sol pour ne pas étrangler l’autre
con qui veut encore ouvrir sa grande gueule . Plus tard un jeune poète
suggèrera l’œil malicieux « ce soir y a l’Armada à Rouen,
plus de quarante mille personnes… et avec quoi attache-t on les
bateaux ? » Il fermera cette idée lumineuse d’un silence
lourd et entendu. Dans ses mains tremblantes une cordelette d’un
mètre cinquante laissait présager de grands actes de bravoure
et une réussite certaine.
Faire la grève le premier jour c’est important, c’est
accuser le choc et riposter vite de façon solidaire ; montrer
que ça ne se passera pas comme ça. Montrer qu’on
est debout et qu’on ne se couchera pas. Dans chaque pays dans toute culture à toute époque des
souffles de pensées libres passent sur les populations étouffées,
endormies, aveuglées dans leur illusion de confort de dictat. C’est la seule crainte que peut avoir le gouvernement. Refuser de jouer c’est refuser le public c’est détruire soi-même une toute petite Babylone il en reste combien ? La grève générale a du bon en tant que symbole, dans la durée elle ne paralyse pas le centième de la SNC , ne bloque pas le millième des barrages routiers, n’atteint que faiblement l’économie, elle ne dérange pas la vie quotidienne comme la grève des profs et combien de temps l’ont-ils fait eux si nombreux avant de rejoindre les rangs déçus et appauvris. Si cet été de nombreux festivals sont annulés, à l’automne prochain et en conservant nos statuts tels qu’ils sont, une grande partie des intermittents et programmateurs auront déjà disparu, au-dessus, on se tape sur la cuisse ! Si on combat, on ne sous estime pas son adversaire, la grève était
prévisible, nos charmants ministres ne sont pas des enfants de
cœur, ne leur opposons pas des pensées de scout . Ils n’ont
pas flanché sur les retraites ou vacillé sur le reste,
en tant que gréviste, nous serons quantité négligeable
. Ne nous privons pas de nos seuls moyens, nous dirions par là même
que cela ne concerne que nous. Et je rêve naïf d’un festival qui se déroule apparemment normalement, j’imagine des fins de spectacle où les artistes savent enfin pourquoi ils ont joué, ils le disent après ; là le public est avec eux, ils lui donnent rendez-vous, ces artistes, au public, sur la place. Partout dans cet immense parc des spectateurs vivent cette tension, entendent ce message unanime, une excitation monte et dans la nuit , après les festivités, cinq mille spectateurs ou plus hurlent autour d’une caravane qui brûle dans la nuit. NOM DE DIEU ça c’est de la fête païenne, ça c’est du vrai bordel organisé comme on sait le faire, et surtout ça fait peur et ça a de l’impact, mais ce n’est qu’un rêve. Samedi 18H. Dans le parc au trois quart vide il y a peu de spectateurs.
Ceux qui sont là comprennent. Rares ceux qui se plaignent ou reprochent
de ne pas jouer, ils comprennent. Notre pote syndicaliste bien décidé à expliquer
ce qu’est la démocratie coupe le micro à Burat, je
me retiens pour ne pas lui en mettre une en public et à titre
d’exemple ; mais je n’irai pas prendre la parole non plus,
pas par lâcheté mais simplement pour ne pas jeter trop d’huile
sur un feu vacillant. APPEL A LA GUERILLA, nous ne sommes pas des ouvriers, nous ne sommes
pas assez nombreux, n’allons pas en rang nous faire botter le cul,
utilisons notre indépendance, chacun ses armes, nous sommes poètes. Et je me dis bordel cinq heures plus tard on aurait été dix
mille sur cette place à la regarder brûler et à hurler
ensemble. Le soir il n’y avait plus sur la place que des papiers
qui volaient… Martin Petitguyot, intermittent Télécharger pour lire à tête reposée [rtf - 13ko] [pdf - 50ko] |
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Photos Caroline Raffin, Eileen Morizur |
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Photos Christine Lickel |
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