Publié le 29 août 26

Les Carnets de la Chimère #3 De Guilligomarc’h à Clohars

La nuit fût courte !
C’est toute ensommeillée mais exaltée par la hâte de découvrir de nouveaux spectacles que je me dirige vers Guilliguilligomarc’h qui rime avec « chatouille-moi les nageoires ». Mon choix se porte sur Georgette K7, curieuse de découvrir cet appareil obsolète qui enregistre la voix des humains.

En préambule, le comédien pose son magnétophone à cassette sur une chaise et annonce : « Ce solo est toujours pour moi un bon petit vertige ! » Ça promet !

Nous voilà donc dans une atmosphère intimiste, au centre d’un joli petit parc arboré à écouter attentivement la voix enregistrée de Georgette, la mère de l’artiste, qui essaie de définir la notion de « spectacle » et son fonctionnement.

« Quels sont les éléments importants qui définissent un bon spectacle ? » lui demande son interlocuteur. Voilà un sujet qui m’intéresse fortement ! J’ouvre toutes grandes mes ouïes pour capter les réponses. J’apprends donc que, pour Georgette, l’essentiel est que les spectateurs soient contents, qu’il y ait un peu de nature autour du public, des bruits d’oiseaux, un tronc d’arbre et du soleil ! Ça tombe bien, c’est tout ce que nous avons devant les yeux.

Quelques personnes plient leur siège et quittent l’endroit. Le comédien lui-même doute : « Je sens que je ne sers à rien, pourtant j’ai des idées et puis j’insiste... ». Visiblement ce spectacle ne laisse pas indifférent : consternant pour les uns et jubilatoire pour les autres. En témoignent les mines affligées de certains et la banane des autres. Je commence à comprendre qu’avec ce type d’humour, on est toujours sur le fil du rasoir… Moi, j’ai beaucoup aimé !

Et peut-être que les spectacles ne sont pas seulement ce que les artistes mettent devant nous.

Peut-être qu’ils sont aussi ce que chacun apporte avec soi !

Les commentaires échangés après la fin du spectacle m’ont fait m’ébrouer d’aise : comme celui de cet enfant déclarant « c’était bien mais je ne voyais presque rien et je riais quand les autres rigolaient », ou ceux des adultes partageant leurs impressions : « ça fait sortir de sa zone de confort. », « Nous venons d’arriver au festival, nous pouvons ainsi entrer dans l’imaginaire tout en douceur. », « C’est un lieu magique, les propos de Georgette sont bienvenus, on ne s’attendait pas à ça. », « Cette nuit, je vais rêver que je serai capable de faire un spectacle. ».

Avant de quitter le lieu j’admire l’efficacité des bénévoles qui ont déjà démonté les gradins et fait place nette dans la joie et la bonne humeur ! Flûte, je n’aurais pas pu voir la Ligue des flûtistes. Mais il est temps de rejoindre une autre place pour suivre L’Odyssée par la compagnie Bravache.

Je rejoins le parking du bourg près de l’église où une foule enthousiaste s’est massée pour attendre les quatre jeunes acteurs de la compagnie. Ceux-ci arrivent simplement, discutent avec le public, expliquent le spectacle, mettent le chrono sur quarante minutes et leur « Odyssée » commence, revue et légèrement corrigée (eh, eh, eh...) par leurs soins. De trois seaux d’eau ils font une tempête, d’une chaise un radeau, d’un diadème une « Pénélope hop hop… Pénélope super nana ». Le reste est du même acabit.

Le public, conquis, se laisse manipuler par les acteurs et endosse sans broncher le rôle de moutons. Quelle aventure désopilante et encore une fois jubilatoire ! « J’en pleure de rire », me dit mon voisin ! « Quel humour décapant ! » me susurre un autre.

J’ai engagé la conversation avec quelques gamins du centre de loisirs de Langonnet et ils m’ont lâché les quelques mots suivants : « Super, saignant, un peu grossier, trop cool ». L’un deux a ajouté que je ressemblais à un axolotl. Je me suis renseignée, c’est une espèce de salamandre néoténique. Enchantée cousine !

Je n’ai hélas pas pu admirer le spectacle de la compagnie Le Grand O qui était joué en parallèle, pourtant ce n’était pas L’Envie qui me manquait, d’autant plus qu’une spectatrice, à la sortie de ce spectacle, me déclarait : « C’était super, ça chauffait le cœur » !

Sur le chemin du retour, j’ai croisé une jeune signaleuse près d’un parking qui confiait à un groupe de spectateurs que c’était assez facile de faire sortir les véhicules mais parfois plus délicat quand il faut les placer. « Ça ronchonne, mais ça obtempère ! ».

Gilet sur le dos, sourire aux lèvres et toujours prêts à renseigner, ces jeunes signaleurs des Rias jouent un rôle essentiel dans la vie du festival. Ils sont là pour rendre les déplacements plus simples, plus fluides et plus sereins.

Je trouve qu’à leur manière, ces jeunes font donc, eux aussi, partie du spectacle ! Ils ne sont pas sur scène, mais ils contribuent à ce que la scène puisse rencontrer son public.

Après avoir quitté les instants délirants et de folie à Guilligomarc’h, j’apprécie le calme d’une soirée de fin de vacances estivales en bord de mer au Pouldu.

Quelques personnes s’installent bien gentiment sur les gradins près du Musée dédié à Gauguin. Le spectacle est déjà devant mes yeux sans avoir débuté. Les artistes s’échauffent, en solo ou par couple, ils s’étirent, chantonnent même au son de musiques, révolutionnaires il me semble, mais feutrées. Tout au long du spectacle qui suivra, je vais admirer différents tableaux faits de chorégraphies, de mimes, de chants, d’images corporelles et sonores. Magnifique !

Le propos est sérieux et grave, les enchaînements laissent peu de place aux applaudissements, encore moins sans doute aux rires. Les spectateurs sont captivés et respectueux. Ils sont debout à la fin de la prestation pour une ovation tellement méritée.

Plus tard, en arrivant sur le site du spectacle Gaïa, je sursaute, craignant de me faire voler la vedette par un étrange animal métallique et mécanique au centre d’un plateau tournant. En fait, une fois dressé à la verticale, les écailles deviendront branches et c’est sur un arbre qu’évolueront quatre acrobates se jouant de la gravité sans aucune gravité, souriants, riant de leurs propres jeux.

Je retiens mon souffle. Ils grimpent, voltigent, s’accrochent, se suspendent et redescendent avec une aisance qui me laisse, moi, les nageoires toutes molles ! Une drôle de forêt prend vie sous nos yeux et, pendant quelques minutes, je ne sais plus très bien si je regarde des humains qui se prennent pour des oiseaux ou un arbre qui aurait décidé de se mettre à danser.

La nuit est maintenant bien installée et, après toutes ces aventures, mes petites pattes commencent sérieusement à réclamer une pause. Il faut dire qu’entre une mère qui révolutionne la définition du spectacle, une odyssée complètement déjantée, un axolotl qui sommeille en moi, un remake de la Commune de Paris et quatre acrobates qui défient la pesanteur, j’ai vécu une journée plutôt remuante !

Je quitte donc le festival avec la tête pleine de voix, de rires, de musique, d’images et de branches qui dansent.

Et je me dis que Georgette avait peut-être raison : pour qu’un spectacle soit réussi, il faut surtout que les spectateurs soient contents.Eh bien moi, ce soir, je le suis ! Il ne me reste plus qu’à aller me glisser dans mon petit coin de Chimère, fermer mes grandes ouïes et laisser toutes ces drôles d’images continuer leur spectacle dans mes rêves.

Demain, qui sait quelles nouvelles aventures viendront encore chatouiller mes nageoires ?